Les aventures du pingouin paumé

Voici l’histoire d’un jeune pingouin fan de documentaire animalier qui, suite au réchauffement climatique, dérive sur un bout de banquise a travers les océans accompagné de son GPS la « boite magique » il raconte : Je me réveillais le bec dans le sable, cette sorte de poussière compacte que j’avais vu dans un documentaire sur les oiseaux afghans, mes plumes étaient collées par le sel et les algues ; bref j’étais dans un sale état. Je me tournais vers la mer, mon morceau de banquise avait fondu quand je m’étais endormi et la houle m’avait porté jusqu’ici. Je me levai et observai, autour de moi, une plage a perte de vue, et levant les yeux je vis apparaître à travers la brume du matin telle une immense ombre majestueuse, des montagnes éclairées de rose par l’aurore naissante. J’arrêtai de réfléchir un instant pour admirer cet endroit insolite à la fois aquatique et rocheux. Je tournai sur moi même pour me rendre compte de l’immensité de cette plage quand je m’arrêtai tout a coup, ébahi par un étrange iceberg accroché aux rochers, sorte d’îlot fait de pierres et de tours percées par des enfoncements rectangulaires, qui s’avançait vers la mer comme pour l’affronter. J’appris plus tard qu’on appelait ce monument « citadelle ». Je regardai ma boite magique, sur son écran s’était affiché un nom inconnu Calvi, Corse. Je me tournai vers la forêt dont la végétation embaumait d’une odeur de sève et de résine comme j’avais pu en sentir sur les sapins ; mais avec la chaleur l’odeur était plus forte et mélangée a d’autres fragrances inconnues. Je fis un pas vers la forêt et m’étalais de tout mon long la tête dans le sable ; mes pattes s’enfonçaient trop profondément, je ne pu avancer, saleté de poussière, je dus donc marcher à reculons tel Michael Jackson et son moonwalk mais sans la même classe. Tant bien que de mal, j’atteignis enfin la forêt, après quelques minutes de marche, je me pris un totem en pleine figure avec pour nom de culte « camping de la pinède ». J’entrais dans ce sanctuaire encore endormi et passais devant plusieurs autels de bois. Puis j’arrivais sur une espèce de longue masse noire puante et dure sur lequel s’était arrêtée une énorme caisse sur roulette. Je sautai dedans et fis la rencontre d’un groupe d’animaux puants, poilus, noirs et sales qu’ils appellent cochon corse. J’interrogeais celui qui avait l’air le moins bête sur l’endroit où je me trouvais. Il m’expliqua que j’étais sur une île située à coté de la France qui s’est faite envahir et dévastée pendant des siècles par toutes sortes de peuples, d’abord par les grecs, les romains, les Goths et les byzantins dans l’Antiquité puis par les Génois puis par les Français puis par les Génois etc, etc… Pour enfin finir dominée par les Français. Au 18ème siècle le général qui avait transformé la France en empire, celui avec une crise de foie d’où ses poses ridicules sur les tableaux, était un corse nommé Napoléon. Le « père de leur nation » était un officier corse, Pascal Paoli qui, au 18ème siècle, a gouverné la Corse et y a fait arrêter les meurtres mafieux en tuant le moindre meurtrier et en détruisant tout ses biens. Cet homme a aussi mis en place une constitution, une administration et tintouin en Corse, il essaya de créer une marine marchande mais échoua. Puis les Français le chassèrent de Corse et il se réfugia en Angleterre pour y rester 20 ans, il essaya ensuite de rallier l’Angleterre à la Corse en 1794 et loupa encore son coup. Enfin il mourut en Angleterre sans gloire ; bref il s’est fait avoir comme un bleu. Après avoir pu constater à quel point les routes corses sont sinueuses et que mon estomac ne le supporte pas, je fus éjecté de la boite roulante lors d’un virage et me retrouvais encore seul mais près de trous d’eau. L’eau était chaude et les poissons ne ressemblaient à rien mais on ne peut pas tout avoir ! Je dérivais le long du cours d’eau quand je fus pris dans la spirale infernale d’une roue démoniaque avec des spatules qui m’attrapa et manqua de me noyer (le comble pour un pingouin !)

Mais je réussi à sortir de ses griffes et rejoignis le rivage à bout de force, en ayant une envie de mourir. Je fus tiré de mes lamentations par un chant tribal et m’avançais en titubant dans un hameau guidé par cette étrange mélodie ; j’entrais dans une de ces cavernes de culte où l’on prie pour un humain scotché à une croix avec une couronne sur la tête, et vis des hommes poussant des sons bizarres la main collée à leur oreille comme s’ils avaient une otite. Chacun d’eux faisait un son différent plus au moins aigu et ce mélange rendait ce chant mystique mais me faisait mal à la tête. Je m’éloignais donc rapidement de peur qu’elle n’explose. La chaleur était écrasante et c’est tel un poisson hors de l’eau que je fis le tour du village et entrais dans la fraîcheur de la caverne de l' »épicerie »; en marchant dans les allées vides je décou-vrais toute sorte de nourriture avec des noms bizarres, fiadone, fritelli, je pris un sachet de canistrelli dont l’odeur tournait autour de l’anis. Je passais devant une vitrine avec derrière toutes sortes de petit tas blancs et ronde parmi lesquels ce trouvait un pot d’un tas blanc humide appelé brocciu. Alors que je m’apprêtai à sortir je vis des sortes de petits boudins rouges foncés très peu appétis-sants avec des noms encore plus étranges : prisuttu, lonza, coppa, salamu… Je mordis dans le ficatellu et le recrachais tout de suite, c’était infect. Je vis avec horreur que c’était du cochon, les humains sont des rustres ils mangent cette chose immonde ! Tout à coup, un immense humain apparut dans l’encadrement de la porte, je ne sais ce qu’il me dit mais il se mit à me courir après ; pris de panique je plongeais dans un trou de la montagne. Enfin seul, je goûtai à la nourriture humaine. Les « biscuits » étaient durs comme de la pierre et je dus les laisser ramollir dans mon gosier et les régurgiter pour les manger. Quoi qu’il en soit la nourriture humaine est immangeable et peu nutritive. L’humain avait fini par partir, je sorti du village en trombe et montai dans une autre boite roulante, vide cette fois ci. J’admirai le paysage ; les montagnes étaient littéralement dans la mer et l’eau turquoise laissait paraître le sable blanc, le maquis s’étalait sur les cotes escarpées des rochers, je pouvais entendre le son des cloches des chèvres au loin. Je dois avouer que bien que les espèces vivants sur cette île semblent attardées, elles savent choisir de beaux lieux où habiter! Bercé par la mélodie de cette nature sauvage je m’endormis. Je me fis éjecter près de la mer au bout de quelques heures. Le soleil commençait à décliner et les montagnes rougeoyantes commençaient à disparaître dans les ténèbres. Enfin! Je trouvai un radeau de bois creux dans la ville, à l’abri des regards, je me cachai en dessous et parti sur la mer, loin de cette île à la fois enchanteresse et invivable.

EBM

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