épitaphe

Je suis né il y a seulement quelques jours et me voilà déjà abandonné dans le hall de ce lycée ; ce n’est pas que mes parents m’abandonnent, mais ils préfèrent me mettre entre les mains de personnes qui ont besoin de moi et de mon savoir, je suis certainement un des nouveau-nés les plus cultivés. En effet, je ne connais pas de bébés qui soient informés de la conjecture économique actuelle, des groupes de musique à la mode ou bien des temps forts des derniers Jeux Olympiques. Mes concepteurs m’ont transmis leurs idées et leurs connaissances pour que je sois riche et digne de leurs attentes ; c’est eux qui me façonnent, si je suis sans intérêt et peu instruit ce n’est pas de ma faute, mais celle de la faiblesse intellectuelle de mes géniteurs. C’est eux aussi qui m’ont baptisé « La Mouette Bâillonnée », j’avoue en avoir honte, pourquoi pas : « Le Pigeon Bandé » ou bien « Le Poulet Attaché » ; les parents ne pensent jamais aux conséquences du nom qu’ils donnent à leurs enfants. Je vais donc passer ma vie ici dans ce lycée de banlieue, moi qui rêvait d’être un grand quotidien national vendu dans un kiosque de la capitale à un grand PDG m’achetant pour s’informer de l’évolution de sa société dans le CAC 40 ; je ne suis qu’un exemplaire gratuit distribué par une bande de fanatiques, certains d’intéresser les élèves de leur lycée, qui va être lu pendant quelques minutes en cours de Maths, le temps d’un Sudoku, et qui terminera sa vie plié en quatre sous le pied d’une table bancale. Ce n’est pas la carrière que j’espérais, néanmoins je ne veux pas décevoir mes créateurs, alors je vais tenter de remplir ma mission en essayant de divertir et d’instruire ces lycéens dont l’intérêt pour la presse est aussi mince que leur Smartphone. Je voudrais maintenant avoir une pensée pour tous mes anciens confrères qui ont eu des fins de vie difficiles. Tout d’abord une pensée pour l’édition n°2 qui s’envola pliée en avion à papier depuis la salle 306 en plein cours de physique sur les lois de Newton, dans son dernier souffle il servit de démonstration aux règles de pesanteur. Une pensée également à celui de l’édition n°3 qu’on peut toujours apercevoir collée sur le plafond des toilettes près du gymnase. Je n’oublierai pas celui de l’édition n°4 qui servit d’éventail à la documentaliste pendant le mois de mai. Un gros big up à celui de l’édition n°5 qui permit aux professeurs de filtrer un matin leur café. Une dédicace à celui qui permit à un élève de remettre la chaîne de son vélo qui avait dérayé sans se salir les mains. Je ne peux pas ne pas parler de cet exemplaire qui termina sa vie en confettis, un honneur pour lui qui adorait faire la fête. Mes condoléances à l’exemplaire qui périt dans les toilettes du fait d’une pénurie de papier.
A présent je vous souhaite une excellente lecture, en espérant avoir une fin meilleure.

La Mouette Bâillonnée (propos recueillis par RT)

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