L’affaire Julian Assange, un cas diplomatique aux enjeux multiples

Depuis le 19 juin dernier, Julian Assange, fondateur du site WikiLeaks, est retranché dans l’ambassade d’Équateur à Londres afin d’échapper à la police britannique. En effet, sous la pression de la Suède qui réclame son audition au sujet d’une plainte pour viol, les autorités anglaises ont ordonné l’extradition de l’individu vers Stockholm. Seulement, ce transfert est actuellement impossible car, le 16 août, l’Équateur lui a accordé officiellement l’asile diplomatique. De plus, Assange redoute qu’à son arrivée sur le sol suédois les États-Unis le fassent arrêter pour espionnage politique. Cette affaire, provoquant troubles et tensions entre les différent protagonistes, paraît un puzzle compliqué dont Julian Assange serait la pièce centrale. Son transfert à la justice suédoise ayant été décidé par la Cour Suprême du Royaume-Uni, le pays se voit dans l’obligation de l’effectuer. Cependant, l’Équateur a pris la défense d’Assange et, dans le monde diplomatique, il est très malavisé de forcer une ambassade pour arrêter un individu y ayant trouvé asile (ce qu’a menacé de faire l’Angleterre au début du conflit !) ; de sorte que, si Scotland Yard venait à lancer un assaut sur le bâtiment adjacent au grand magasin Harrods, les répercussions sur les relations anglaises avec le monde entier seraient Désastreuses, d’autant plus que l’Équateur bénéficie du soutien de ses voisins sud-américains, hostiles à ces « menaces grossières » et à ces « actes d’intimidation attentatoires » à leur allié équatorien. Au vu du tollé général, et même si une loi leur permet de suspendre « dans des conditions particulières » l’inviolabilité des ambassades, les Anglais semblent avoir écarté l’idée d’un passage en force qui ternirait leur image sortie grandie des Jeux Olympiques… Aujourd’hui, l’heure estdonc aux négociations entre l’Angleterre et l’Équateur. Avec ce statu quo temporaire qui pourrait durer des années -et même indéfiniment-, Julian Assange a gagné une bataille. Mais sa situation n’a rien de confortable. L’affaire d’agression sexuelle dans laquelle il est impliqué est confuse : il n’aurait pas violé ses d’accusatrices mais insisté pour sepasser de préservatif, ce qui est bien sûr répréhensible mais ne peut lui coûter de condamnation pour viol, seulement de « sexe par surprise » (un délit puni d’amende en Suède), selon son avocat. De leur côté, l’intéressé et ses nombreux partisans défenseurs de la liberté d’expression considèrent que les faits « grotesques » qui lui sont reprochés n’ont pour but que de le jeter dans la gueule du loup, et dénoncent la volonté des États-Unis de lancer un mandat d’arrêt international contre lui une fois qu’il sera à découvert sur le sol suédois… Pourquoi cela ? Car WikiLeaks est un site internet qui s’est fixé pour mission de révéler à la presse les affaires internes des gouvernements du monde entier afin de devenir « l’organe de renseignement le plus puissant au monde » dixit Assange, son fondateur. Il compte notamment pour coups d’éclat la diffusion d’une vidéo montrant une bavure des États-Unis en Afghanistan ou encore celle de milliers de câbles diplomatiques américains. Gênant. Le pays de l’Oncle Sam, à la politique de sécurité ultraconfidentielle, n’a pas apprécié (du tout) et tente de faire disparaître l’organisation, comme en atteste le blocage bancaire de MasterCard, Visa ou encore Bank of America sur les plates-formes de don en ligne de WikiLeaks. Au bord de la faillite, le site a dû suspendre son activité. Serait-il vraiment surprenant que les États-Unis aient profité d’un malentendu pour faire accuser Julian Assange, un ennemi de l’administration Obama, et ensuite le récupérer ? Rappelons que le FBI enquête sur tout ce qui touche au responsable du site et que le soldat Manning, soupçonné d’être sa source américaine, est derrière les barreaux depuis plus de deux ans, dans l’attente d’un procès. Assange dénonce une « tentative de Washington de faire taire WikiLeaks » et une « chasse aux sorcières », tandis que Victoria Nuland, diplomate américaine, l’accuse de « clairement détourner l’attention de la véritable question », son procès en Suède, qui « n’a rien à voir avec WikiLeaks » et les États-Unis… Si M. Assange est coupable d’agression sexuelle, peut-on le dispenser de comparaître devant la justice suédoise à cause d’un hypothétique complot américain et du soutien de l’opinion publique ? C’est cette question que de se posent Suédois, Équatoriens et Britanniques, mais bien malin celui qui trouvera la réponse…

GG

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