Interview du proviseur

M. Fis, notre nouveau proviseur, a accordé un entretien inédit à  l’équipe de La Mouette Bâillonnée. Ancien professeur d’histoire passé ensuite à la tête de six collèges et lycées au cours de vingt-quatre années de carrière dans la direction d’établissements scolaires, il nous livre sa vision présente et future du lycée Marcelin Berthelot.

 Voilà maintenant plus de deux mois que vous êtes arrivé à Berthelot. Quelles sont vos premières impressions sur le lycée ?

Elles sont forcément bonnes. Vous le savez, le lycée Marcelin Berthelot est le lycée de prestige de l’académie de Créteil. L’ambiance y est comme, j’imagine, tous les proviseurs de France peuvent le rêver : calme, studieuse, appliquée… Les élèves sont agréables, courtois et me donnent le sentiment de savoir pourquoi ils sont là, pour réussir des études, voire pour beaucoup d’entre eux de belles et même brillantes études. J’ai été bien accueilli, de manière à la fois professionnelle et très sympathique. On a vraiment eu à cœur que mon intégration se fasse bien, que je connaisse tous les dossiers rapidement. L’administration est fournie et de qualité : c’est très agréable pour moi de pouvoir m’appuyer sur ce personnel, et indispensable car c’est un très gros lycée, qui comporte à l’heure actuelle 2248 élèves. C’est un gros challenge, représentant beaucoup d’heures de travail, mais c’est normal !

Pourquoi ne pas être venu vous présenter en début d’année ?

J’ai pensé que je devrais me présenter uniquement quand ce lycée, qui m’est encore un peu inconnu, m’appartiendra vraiment ; c’est-à-dire quand je le connaitrai,  lui et toute son organisation.  Je considère qu’après les vacances de la Toussaint, ce lycée sera vraiment le mien, et c’est à ce moment que je me présenterai. J’ai déjà eu affaire à des cas importants comme celui de la cantine : j’y suis donc allé, y ai mangé, regardé les files d’attente, et je vais essayer de la rendre plus agréable. Je suis prêt à entendre toutes sortes de propositions, pourvu qu’elles soient fondées sur de bons arguments.

Certains ont constaté une nouvelle application du règlement, plus stricte avec la façon de se tenir, le comportement… Qu’en savez-vous ?

Tous les règlements des lycées stipulent que les élèves doivent avoir une tenue correcte, c’est tout. Après, le proviseur peut avoir une appréciation sur ce qu’est une « tenue correcte », et par exemple, je ne trouve pas que le fait que les élèves s’asseyent par terre devant les salles soit une bonne idée… Mais cela ne va pas très loin, il n’y a pas de changement de cap dans le lycée, de volonté de dire qu’on va instaurer une sévérité… C’est juste que face à certaines situations je réagis. Il y a par contre la question de l’aménagement pour que les élèves puissent attendre dans des conditions convenables le prochain cours, ou travailler sans être par terre. J’ai par exemple été surpris par l’absence de salle de permanence. Je vais travailler pour que dès l’année prochaine il y ait une salle dédiée aux élèves, qu’ils ne  perdent pas dix minutes à chercher, même si on en trouve… On réfléchit à différents systèmes de fonctionnement, par exemple une permanence autogérée, peut-être y aura-t-il un test au deuxième trimestre.

Vous savez que tout changement s’accompagne de bruits, de rumeurs… Vous en avez peut-être entendu parler ?

Oui, on m’a par exemple prêté la rumeur de l’interdiction des déguisements pour la photo de classe… j’ai démenti. Je ne sais pas pourquoi, je n’en ai parlé à personne et c’est une tradition sympathique, il n’y a pas de raison ! Après, on m’a dit que j’allais supprimer la cafétéria, la transformer en foyer… Non ! Elle marche bien, est utile, beaucoup d’élèves la fréquente, je ne vois vraiment pas pourquoi  je viendrai ici pour la supprimer. Ce sont quand même des bruits étranges… Je démens aussi la fin de la pause de 10h et l’interdiction de la jupe. Je ne suis pas un intégriste.

Il est vrai que dans chaque établissement où je suis passé, j’ai eu la réputation d’être un homme autoritaire : mais on ne peut pas diriger un lycée de plus de 2000 élèves, 200 professeurs, une cinquantaine d’agents sans qu’il y ait un minimum d’autorité. Mais je suis aussi un homme de dialogue : quand les profs se sentent bien ils travaillent mieux, quand les élèves se sentent bien ils travaillent mieux aussi. Un lycée reste un endroit où on vient travailler et faire des efforts mais cela peut aussi être un lieu où on est bien, on se sent bien et on est pris en compte, et où on peut travailler sereinement. C’est ça mon objectif, pas d’embêter mes profs et mes élèves, mais que chacun se sente bien et puisse réussir.

Vous êtes nouveau au  lycée, y aura-t-il du changement dans son organisation et son aménagement ?

C’est compliqué de faire des aménagements dans ce lycée, car il possède un poids historique important, c’est un véritable monument. Cela étant, vous en avez déjà vu quelques uns. Je suis très attaché aux espaces verts. Vous avez remarqué que j’ai fait tailler les haies et enlever les mauvaises herbes qui gênaient devant le CDI. Je pense que, sincèrement, ce lycée n’a pas suffisamment d’espaces verts. Je ne sais pas encore ce que je vais faire, j’ai fait appel à des paysagistes… Il y a d’autres aménagements que j’aimerais faire, j’ai pensé au fait que vous n’êtes pas très protégés dans la cour s’il pleut, au niveau de la cafétéria. Mais c’est compliqué parce qu’il ne faut pas défigurer l’apparence du lycée, tout en vous apportant du confort. Le CDI me paraît nécessiter des aménagements : quand on rentre, sur la gauche, il y a une fresque mais on ne la voit quasiment pas, et les rayonnages cachent les boiseries. J’ai donc proposé aux documentalistes d’acheter des meilleures étagères, plus modernes, et qui permettent aux élèves de se rendre compte que c’est en fait l’une des plus belles salles du lycée. Un peu comme à la magnifique bibliothèque Sainte-Géneviève d’Henri IV, le CDI pourrait vraiment donner envie d’y aller s’il était arrangé de manière à valoriser les éléments de décor ! De manière générale, vous êtes dans un lycée exceptionnel… Il m’arrive parfois de m’arrêter devant une volée de marches et de me dire : « Quel beau lycée ! »

Le lycée Berthelot propose des enseignements beaucoup moins diversifiés que les établissements des environs. Auriez-vous pour projet de lui donner une  nouvelle dimension, en ouvrant une nouvelle section ou option ?

Je regrette qu’il n’y ait pas de première S SI alors qu’il y a des classes prépas pour au sein de Berthelot, mais là encore nous nous trouvons confrontés à un problème de place, le lycée est à la limite de sa capacité d’accueil. Pour ouvrir une classe de ce type, il faudrait fermer une première S SVT. Cependant, la S SI nécessite des locaux plus élaborés que nous n’avons pas et que nous ne pouvons pas créer faute de place… Même sans options particulièrement attrayantes, ce lycée détient un pouvoir d’attraction phénoménal.

L’idée d’ajouter une option ne me dérange pas, mais il doit y avoir des professeurs volontaires ! Tout comme pour les voyages, je suis totalement pour mais il faut un organisateur, ce que nous n’avons pas toujours… C’est ce qui s’est passé pour l’atelier théâtre, qui a dû fermer car il n’y avait plus de professeur pour l’encadrer.

Peut-être ne l’avez-vous pas encore remarqué, nous autres usagers du lycée avons l’habitude d’une communication pas toujours idéale, notamment entre les élèves et la Vie Scolaire… Que comptez-vous faire pour y remédier ?

Le problème de communication peut exister donc également entre les professeurs et l’administration, sans que la Vie Scolaire en soit forcément responsable. L’activité humaine génère toujours des phases de dysfonctionnement. En douze ans d’enseignement, je n’ai jamais eu une classe dont les trente-cinq élèves étaient tous de très bons élèves : il y en a toujours deux ou trois un peu plus en marge. La classe parfaite n’existe pas, et heureusement d’ailleurs : cette déshumanisation me ferait peur !

 L’ancien proviseur avait instauré une terminale S d’élite pour se préparer dès le lycée aux classes préparatoires : la classe S Étoile. Êtes- vous dans ce même esprit de réussite absolue au lycée Marcellin Berthelot ?

Le lycée Berthelot est connu pour être un lycée d’excellence, et les élèves qui y sont veulent et se donnent les moyens de réussir. C’est une machine qui marche bien et ce serait criminel de ma part de décider de la ralentir, cela est même inconcevable. En revanche, en tant que nouveau proviseur,  je considère qu’il faut toujours prêter une grande attention à tous les élèves. Comme dit si bien le recteur de l’académie de Créteil : «Ne laissez personne au bord du chemin ». Il faut aider les élèves moyens et en difficulté à trouver leur place, même à Berthelot.  C’est un des points sociaux que je voudrais développer, et je pense que les élèves doivent en avoir conscience.

Dès votre arrivée, une délégation de La Mouette est venue s’assurer auprès de vous  –avec succès !- du maintien de l’autorisation de publication régulière des éditions du journal. Quel rôle lui donnez-vous au sein du lycée ?

Ce journal possède une très bonne tenue. Ceux qui le rédigent semblent animés d’une réelle volonté de s’intéresser aux problèmes du monde, et accompagnent leurs articles d’une vraie réflexion.
Il est appréciable de lire les écrits de lycéens responsables et citoyens qui s’expriment sur les grands sujets d’actualités, et de découvrir leurs points de vue aux travers de prises de positions.
Mais il n’y a pas que ces articles de fond qui me plaisent ! Les pages de ce journal abritent également des textes littéraires ou de divertissements, dans lesquels les élèves peuvent donner libre cours à leur imagination.

Ce journal peut également contribuer au partage de la culture : il constitue  un moyen d’informer les élèves des évènements artistiques des environs, et de permettre à chacun de donner son avis au travers d’une critique ou d’un compte-rendu. Il est important d’avoir des opinions et je trouve très intéressant de découvrir celle des autres : pour moi, le but premier de l’art est d’entretenir la discussion.

Avez-vous prévu certaines mesures à ce sujet ?

Oui, j’ai nommé cette année un référent culture du lycée : il s’agit de Mme Troja, professeure d’histoire-géographie, qui contribuera à l’organisation de projets culturels au lycée. Cela sera enrichissant pour tous. Je trouve très important, surtout à votre âge, de se préoccuper de votre épanouissement culturel, et pas seulement des mentions au BAC. Je suis également favorable aux voyages, lorsqu’ils sont bien organisés, car ils font partie de l’offre culturelle.

Si vous aviez la possibilité de revenir en arrière, et de recommencer votre vie professionnelle, choisiriez-vous la même voie ?

Dans une autre vie, si mon parcours était à refaire, j’irais volontiers vers les domaines de la création, justement. Mais en étant proviseur, j’ai également le pouvoir de créer pour faire changer les choses, c’est ce qui me plait, et je compte en faire partager la communauté la plus large possible !

Propos recueillis par EBM, AB & GG

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