L’adoption par des couples homosexuels

Qu’est-ce qui nous fait le plus peur, finalement, dans l’idée de l’adoption d’enfants par des couples homosexuels ? Est-ce le déséquilibre psychologique que cela entraînerait pour les enfants adoptés – bien que des études sérieuses aient déjà attesté (dans la mesure où il est possible de le faire) qu’il n’existe pas de profondes différences entre ceux qui sont élevés par des couples homosexuels et ceux qui le sont par des couples hétérosexuels – ou est-ce la remise en question du mode de pensée de notre société, de la conception qu’elle a de la famille, en un mot, la perte de certains de nos repères ? Reconnaître qu’un enfant élevé par deux parents du même sexe pourrait se développer aussi sainement qu’un autre, reconnaître donc qu’un père ou qu’une mère n’est pas indispensable dans l’éducation d’un enfant, demander à chacun – qu’il soit homme ou femme – d’admettre que son expérience en tant que représentant de son sexe peut être négligeable ou, en tout cas, compensée; n’est-ce pas là ce qui, par la minimisation de l’importance de notre sexe dans l’éducation d’un être, nous rebute le plus? La richesse qu’apporte à leurs enfants l’éducation d’un père et d’une mère vient-t-elle du mélange de l’expérience de deux sexes ou du mélange de l’expérience de deux personnes ? Que tous se rassurent, cette dernière hypothèse ne nie la prédominance de leur expérience en tant qu’homme ou en tant que femme que pour mieux affirmer celle de leur expérience en tant que personne unique et particulière au-delà de son sexe biologique. Bien sûr que celui-ci fait partie intégrante de notre identité mais est-ce si absurde de parier sur le fait qu’il ne détermine pas l’essentiel de ce que nous sommes au vu des caractères dits « efféminés » de certains et de la « virilité » de certaines ? Les personnes qui « changent de sexe » et l’immense différence  de nature qu’il peut y avoir entre les tempéraments prêtés aux femmes et ceux prêtés aux hommes selon les cultures ne légitiment t-ils pas une volonté de ne plus s’arrêter à cette distinction naturelle entre hommes et femmes que l’on fait si spontanément ? Ces derniers auraient chacun des caractéristiques propres à leur sexe (que nous serions bien en peine de définir, hormis les caractéristiques biologiques, tant les tendances de comportement observées chez hommes et femmes ne sont ni absolues ni naturelles puisque déterminées par la culture de leur société) qui, par leur complémentarité, ferait de leur couple un tout cohérent indispensable à l’éducation saine de leurs enfants… En réalité, dès lors qu’il y a un couple de deux personnes, fussent-t-elles de même sexe, il y a complémentarité car confrontation entre deux univers différents qui vont alors s’enrichir et s’influencer mutuellement, permettant ainsi aux enfants éduqués de comprendre que la différence de l’autre est, pour notre identité, moins une menace qu’une opportunité d’enrichissement et d’affirmation. Pour le reste, les couples homosexuels ne sont ni moins affectueux ni moins attentifs aux besoins de leurs enfants (au contraire !) qui, soit dit en passant, ne souffrent pas de problèmes d’identité sexuelle particuliers. Pourquoi alors ne pas essayer ? 

Le bouleversement de nos valeurs traditionnelles par la nouvelle définition de la famille qu’implique ce projet de loi ne doit naturellement pas être pris à la légère, mais, que nous voulions ou non l’admettre, l’évolution passe par des tentatives qu’il nous faut oser à un moment donné. Rester désespérément accroché aux certitudes qui nous rassurent peut revenir à s’enfermer dans une mentalité qui, au fur et à mesure qu’elle restera figée tandis que la société s’en libérera progressivement dans les faits, se révèlera finalement complètement inadaptée et incapable de saisir les nouvelles réalités. Naturellement, tomber dans le piège opposé et nier toute valeur à notre héritage culturel qui, d’ailleurs, fait partie intégrante de nous, que nous voulions l’admettre ou non, est une voie tout aussi dangereuse. C’est la raison pour laquelle il est important et préférable qu’une telle proposition de loi fasse polémique, mais, pour que cette circonspection soit bénéfique et laisse notre société – qui le fera de toute manière – progresser, elle doit, à mon avis, préférer une réflexion sur les mesures de précautions à prendre face aux changements envisagés (afin de se réserver la possibilité de faire marche arrière en cas de besoin) à une opposition catégorique visant à étouffer toute remise en question. L’expérimentation d’un nouveau fonctionnement est toujours une prise de risque, mais c’est aussi le seul moyen de progresser. N’oublions pas qu’il n’y pas si longtemps, il était aberrant que les femmes cherchent à se libérer de la tutelle de leur père ou de celle de leur mari, alors, qui sait, peut être que les générations futures découvriront l’interdiction du mariage homosexuel que leurs ancêtres auront connu jusqu’en 2012 avec autant d’indignation que nous pouvons en éprouver aujourd’hui vis à vis de l’ancienne situation des femmes…

CM

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