Le rabbin Ovadia Youssef est mort

C’est une personne que l’on peut qualifier comme un des grands hommes du XXème siècle, qui s’est éteint ce lundi 7 octobre à l’âge de 93 ans. En effet, Ovadia Yossef était jusqu’alors considéré comme le rabbin le plus influent d’Israël et sa mort a mis toute la communauté orthodoxe, voire même l’ensemble de la communauté juive en deuil. C’est au travers de son parcours, de ses actes et de ses propos que l’homme s’est forgé cette réputation, ayant cependant perdus de leurs valeurs avec l’âge au cours de ces dernières années. Mais qui est vraiment l’homme que Benjamin Netanyahou déclare comme « l’une des personnes les plus sages de sa génération » et comme « un mentor pour des dizaines de milliers de personnes » ?

Ovadia Yossef est né à Bagdad, en Iran, et arrive à l’âge de 4 ans à Jérusalem. Etudiant à la yechiva, le centre d’étude, Porat Yossef de la vieille ville de Jérusalem, c’est à 20 ans qu’il reçoit le titre de rabbin. Père de 11 enfants, il s’illustre petit à petit et acquière un rôle croissant au fil des années au sein de la communauté. Cette reconnaissance le permettra d’abord d’être nommé Président du tribunal rabbinique du Caire, de 1947 à 1950. Toutefois, c’est en 1968 qu’il est mis sur le devant de la scène en devenant le Grand Rabbin de Tel Aviv, puis 5 ans plus tard, Grand Rabbin Sépharade d’Israël, poste qu’il conservera pendant 10 ans. Durant tous ces mandats, Ovadia Yossef s’est imposé comme LE grand spécialiste de la « Halacha », la loi juive, mais également comme le principal leader de la communauté juive sépharade, pour laquelle il a beaucoup agit.

En effet, en 1984, il décide de fonder le parti politique SHASS, qui vient des initiales Sefaradim Shoméré Tora, soit les Sépharades Orthodoxes pour la Torah. Le Shass, dont Ovadia Yossef est le président mais également le principal leader spirituel, devient alors un allié incontournable de toutes les coalitions gouvernementales, de droite comme de gauche. Son but est alors de réagir à ce qu’il perçoit comme l’exclusion des sépharades, les juifs d’Afrique du Nord, face aux ashkénazes et aux ultra-orthodoxes. Il choisit ainsi d’axer son mandat de Grand Rabbin Sépharade d’Israël sur le combat contre l’injustice et la discrimination historique des Sépharades, qui semble aujourd’hui être une mission totalement réussie. Cependant, ce n’est pas seulement à l’égard des Sépharades que ce rabbin a choisi d’agir.

C’est effectivement lui qui, à la suite de la guerre de Kippour en 1973, prononcera un jugement permettant aux anciennes épouses des soldats tués lors du conflit de se remarier, après plusieurs années de veuvage. Et tandis qu’en 1990, le gouvernement s’interroge sur le retrait des troupes dans les territoires palestiniens, Ovadia Youssef prendra le parti de la paix en prônant un accord de paix avec les Palestiniens, décrétant que « la protection de la vie humaine est primordiale ». Il interviendra également à la Knesset en 1993, afin de demander aux députés de ne pas voter contre les accords d’Oslo : accords de paix réalisés entre Yithzak Rabbin et Yasser Arafat comme étant le premier pas vers la paix entre Israël et la Palestine. Par ailleurs, c’est également lui, qui en sa qualité de Grand Rabbin Sépharade d’Israël reconnaitra en février 1973, la judaïcité, c’est à dire le fait d’être juif, des Ethiopiens, qui permettra alors leur immigration en Israël et la création de la loi du retour, loi permettant à tout juif du monde d’immigrer en Israël.

Cependant, ce tableau s’est terni depuis plusieurs années. Le parti Shass a viré radicalement à droite et est à présent écarté des coalitions, avec des sièges aux nombres décroissants. Aujourd’hui tiraillé entre différents successeurs tel que le fils de Ovadia Yossef ou Aryeh Deri qui se revendique comme le président officiel, il semble à présent difficile de redonner au parti son influence d’autrefois. Par ailleurs, les propos de Ovadia Yossef ont également perdu de leurs sagesses et créent parfois polémique. Plus misogynes et conservateurs au fil du temps, il en vient même à affirmer que les six millions de juifs morts pendant la Shoah méritaient leurs châtiments car possédaient des âmes de prêcheurs ou pire encore, que les « Arabes qui grouille dans la Vieille ville sont comme des fourmis » ou même qu’une « femme sans fils ne vaut rien ». Ovadia Youssef se décrédibilise ainsi un peu plus à chaque déclaration, à l’instar des espérances de paix qu’il prônait autrefois.

Néanmoins, Ovadia Youssef restera une des grandes figures rabbiniques de l’Etat d’Israël dont les actions auront permis de grandes choses. Et malgré les propos de ces dernières années, les bénédictions et le soutien qu’il apporte, comme celui à Benjamin Netanyahou lors de sa campagne pour devenir premier ministre en 2012, sa mort ne laisse pas la population et notamment la communauté religieuse insensible, qui le considéreront, à jamais, comme un exemple à suivre en terme de religion mais également un espoir de paix entre Israël et la Palestine.

NC

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