De la convivialité

Le vaisseau Terre vogue, à travers nuit et brouillard, vers une aventure inconnue. Et si notre monde allait au désastre ?

Le but ultime et essentiel d’une société ou d’une civilisation n’est-il pas de bien vivre ensemble ?

Pourtant, qu’en est-il aujourd’hui ? Qui est heureux dans notre société ? Ces hommes, femmes et enfants souffrant de mal/sous-nutrition ? Ces autres ou ces mêmes, vivants dans des bidonvilles parfois gigantesques (dans les pays émergents comme les pays « développés ») ? Ces réfugiés qu’on renvoie avec mépris ? Ces hommes vivants et mourants sous des ponts ? Ces hommes d’affaires ou stars constituants à eux seuls la richesse de milliards d’individus ? Ou encore ces hommes, ouvriers ou ingénieurs qui élaborent  les produits stimulant le bien-être matériel (confort, produits de consommation, publicité…) ou immatériel (drogues, antidépresseurs…) ?

Les inégalités et le mal-être ancrés dans notre civilisation favorisent la fragmentation et le déchirement d’un monde (atomisation des conflits, ethno-religieux notamment.) qui semblait uni par la mondialisation et le même idéal : le progrès. La démesure de l’homme le pousse vers un désastre écologique et humain : au-delà de l’exploitation de l’homme par l’homme (conditions de travail dans les pays émergents ou mise en place de politiques autoritaires par exemple), les outils (issus des sciences et de la technique) nous déshumanisent puisque notre dépendance suscite le matérialisme et ainsi un mal-être (par la frustration et la destruction des relations sociales). Sans parler de la démesure financière… Allons-nous par ailleurs à l’école pour nous ouvrir à la connaissance et ainsi favoriser l’épanouissement de soi, ou décrocher un diplôme ? Est-ce un lieu de formation des membres de la société futur ou une machine à trier les compétiteurs pour faire briller quelques pics superbes ?

Les grands projets qui rassemblaient au XIX-XXème siècle ont disparu : nous ne savons plus désormais à quel saint nous vouer, à quel espoir universalisable et partageable nous raccrocher. Ni le libéralisme, ni le communisme, ni le socialisme, ni même l’écologisme seuls ne semblent apporter une réponse aux problèmes fondamentaux. En 1973, Ivan Illich soucieux de la perte de nos vertus humanistes et de la destruction de la biosphère, imaginait une société meilleure : la société conviviale, célébrant le bien-vivre ensemble en écartant la nécessité inéluctable de croissance. Oui, l’homme a besoin de progresser mais pas aveuglement (substituant le quantitatif au qualitatif par exemple). Il faudrait « que les gens saisissent qu’ils seraient plus heureux s’ils pouvaient travailler et prendre soin les uns des autres ». Certains comme Edgar Morin (sociologue et philosophe) ou Stéphane Hessel ont repris ces idées et prônent une métamorphose de notre société à partir d’une indignation personnelle et générale.

Pourquoi ne pas retrouver en tout ce que nous offre la nature, depuis les paysages jusqu’au cœur de l’homme ,les potentialités d’un développement plus qu’économique mais humain, le don de soi, et enlever par-là notre mal comme un manteau ? Le bonheur, la solidarité, l’amour, aidés de la culture et de la connaissance ne sont-ils pas ce qui construit le mieux une civilisation plutôt que le développement de l’individualisme, du matérialisme et de l’hubris ? Apprenons donc à nous satisfaire de ce que nous avons, par un travail individuel de réflexion qui pourra être relayé par une politique de poésie de la vie. Celle-ci redonnerait à l’homme ses qualités créatrices (prosaïques ou artistiques) et, soyons ambitieux, verrait l’épanouissement de chacun dans la construction d’une civilisation resplendissante qui s’ouvrirait sur la pluralité des valeurs ultimes, des différentes cultures et façons d’être au monde.

Qu’en pensez-vous ?

 CL

Voir : La Convivialité, Ivan ILLICH
De la convialité, Alain Caillé, Marc Humbert, Serge Latouche, Patrick Viveret
Le Chemin de l’espérance, Edgar Morin et Stéphane Hessel + articles Le Monde Edgar Morin
Propos, Alain
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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. gus dit :

    Ce que j’en pense? Que cet article est très bien écrit, très juste et motivant, et devrait en encourager beaucoup à lire Illich! Je veux croire que ce sont ces utopies qui nous ferons construire un monde plus juste et convivial.

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