Le bébé robot est-il l’avenir de l’homme ?

Blanca Li

« Robots »

Maison des Arts de Créteil

Dans l’époque que nous traversons, caractérisée par un développement intense des nouvelles technologies, la société se modernise au rythme des innovations techniques. Bon gré mal gré, nous sommes entraînés dans une course toujours plus rapide vers ce qu’on appelle le progrès. Mais les mentalités n’évoluent pas toujours à la même vitesse, et certains relèvent parfois la tête de cette course effrénée pour prendre un peu de recul. C’est le cas de Blanca Li, chorégraphe espagnole à la renommée grandissante. Dans son dernier spectacle intitulé « Robot » présenté à la MAC le mois dernier, elle s’interroge sur la place de plus en plus importante que les machines électromécaniques et les objets électroniques ont dans notre quotidien.  Pour cela, l’artiste a bien sûr recours à ses danseurs, mais utilise également des automates et des robots. Son spectacle est innovant, à l’image des machines dont elle questionne le rapport avec l’humain.

Les danseurs évoluent tout d’abord nus sur la scène vide. Leurs gestes, déliés et souples, se succèdent comme autant de preuves témoignant de l’ampleur des possibilités corporelles des hommes. Puis, un automate apparaît sur la scène. Il chante, accompagné de son accordéon, tel que l’on peut entendre certains musiciens au coin d’une rue ou au détour d’un couloir du métro. De temps en temps, soudainement, il s’arrête, comme subjugué par la beauté des pas des danseurs continuant de tournoyer autour de lui. L’artificialité de sa voix frappe par son absence de vibrato et de passion. Nasillarde et presque ridicule, elle ne semble pas à la hauteur de ce qui est présenté devant ses yeux. Cependant, d’autres automates prennent peu à peu la place des danseurs sur la scène. Ce sont des machines représentant chacune des instruments de musique différents, qui en s’actionnant, jouent de concert sans aucune intervention humaine. Les danseurs réapparaissent alors vêtus de costumes d’employés et exécutent leurs tâches quotidiennes aux rythmes des automates. La musique devient de plus en plus rapide, les employés accélèrent, leurs gestes deviennent saccadés, brusques, presque convulsifs. En représentant ces travaux répétitifs, ils tournent en rond et perdent la tête. Ces instruments ont été créés par le collectif d’artistes MAYWA DENKI, sans aucune utilisation de l’électronique et pour favoriser l’écoute de « sons d’objets matériels contre le son digital produit de manière synthétique. » Néanmoins, ils posent la question de la musique programmée dans laquelle les machines prennent la place traditionnelle des hommes, en négligeant celle de la musicalité. Les danseurs nous invitent alors au cœur de leurs journées frénétiques, obéissant à des sonneries et alarmes omniprésentes. Leurs gestes quotidiens sont machinaux, rapides, destinés à être efficaces et c’est une vision satyrique de nos modes de vie que Blanca Li nous délivre ici: les humains sont programmés comme des robots.

Justement, l’univers change, et c’est un robot que nous voyons à présent apparaître devant nous. Plus précisément, un bébé robot, vêtu d’une salopette bleue, qui apprend à marcher sous le regard attentif d’un danseur, et des milliers de spectateurs. Aurais-je imaginé un jour être attendrie par les premiers pas d’un robot, sa démarche mécanique et ses pertes d’équilibres comme celles d’un vrai bébé ? NAO –c’est son nom- apprend ensuite à danser en imitant les gestes de son modèle, et parvient tant bien que mal à esquisser quelques pas. Main dans la main dansent alors « le père » et « le fils », l’humain et le robot, le créateur et son produit dont le destin semble lié, scellé par cette poignée de main d’un autre genre. La performance des ingénieurs créateurs de NAO, « le compagnon artificiel de demain », est bien sûr à souligner. Elle pose également la question de la science et de son influence sur l’homme et la société. Possède-t-elle des limites ? Faut-il en fixer, ou bien toujours les repousser pour faire avancer coûte que coûte le progrès ? Après avoir amélioré les conditions de vie des hommes,  sera-t-elle la source de leur déshumanisation ? Le développement continuel semble pourtant être le procédé général suivi par l’homme depuis son existence sur terre. Si son but premier paraît clair, à ce stade, les objectifs sont de plus en plus flous alors que les robots jouent maintenant un rôle majeur dans nos sociétés. Sous la forme d’ordinateurs, de téléphones, d’androïdes aux multiples avantages, ils intègrent la vie familiale et vont même jusqu’à modifier les relations entre les êtres humains.

Blanca Li est donc une chorégraphe qui s’inscrit dans son époque, tant par les techniques qu’elle utilise dans son spectacle que dans les questions qu’elle cherche à susciter. En représentant ce qui pourrait être les trois ères principales du développement technique, elle nous invite à réfléchir, à travers les reflets de notre passé, à ce qui viendra demain.

Les robots se multiplient ensuite sur la scène. Des humanoïdes dansant sur une musique jouée par des automates, où est la place de l’homme ? Elle est et restera dans la création des machines, mais aussi dans la création artistique. En les voyant danser, l’évidence s’impose en effet comme une vérité absolue : l’art, jamais, ne pourra être créé par un robot, puisque la caractéristique première de l’art est de naître de l’imagination humaine.

AB

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