Le regard d’une Française sur l’Égypte

Valérie, une avocate expatriée au Caire nous livre ses impressions sur la situation en Égypte. Le pays est agité de soulèvements populaires réguliers depuis la chute du président Moubarak pendant le printemps arabe. Son successeur déchu, Mohammed Morsi, est actuellement jugé pour l’incitation au meurtre de manifestants, rassemblés pour contester son gouvernement islamiste radical.

Après de nombreuses périodes de troubles, l’Égypte est-elle revenue à une situation économique et sociale « normale » ?

La situation en Égypte reste difficile. En ce qui concerne l’économie, la situation est critique. Le tourisme est quasiment inexistant, alors qu’il constitue une des sources les plus importantes de revenus et de devises. Le contrôle des changes reste extrêmement strict ; les devises sont insuffisantes pour faire face aux obligations non seulement de l’État, mais également des entreprises privées. Il y a très peu de nouveaux investissements étrangers et les investissements existants connaissent d’énormes difficultés, notamment le non-paiement par les autorités, qui menacent leur continuité. La situation sociale est revenue à un calme relatif, notamment grâce au redéploiement des forces de police. Mais de nouveaux troubles sont à prévoir notamment en janvier, lors de la reprise du procès de Mohamed Morsi, et de la célébration de la révolution du 25 janvier 2011.

Comment a été perçu sur place le renversement de Mohammed Morsi par l’armée ?

L’intervention de l’armée a l’encontre de Morsi a été accueillie comme un développement positif et nécessaire de façon quasi unanime. Cela était apparent le jour même de cet événement puisque le général Al Sissi a fait son intervention entouré par les leaders de tous les courants politiques et religieux (Al Tamarod, Al Azhar, les islamistes extrémistes, le chef religieux copte, Mohamed El Baradei, etc.), sauf bien sûr les Frères musulmans. Ces derniers restent furieux de cet événement, jugeant Morsi dûment élu. Les actes pris par Morsi durant sa présidence ont prouvé que les Frères musulmans ont un agenda qui leur est propre et ne correspond ni aux besoins du pays, ni aux désirs de la majorité de la population égyptienne concernant leur identité en tant qu’Égyptiens.

Est-ce que l’islamisation du pays qui avait été lancée par les Frères musulmans avant d’être renversés a changé les mentalités ?

Il en reste des traces, bien sûr, et cela restera le cas durant cette période intermédiaire.

Quel est ton souvenir le plus marquant des soulèvements qui agitent régulièrement le pays depuis 2011 ?

Les événements les plus récents ont marqué un contraste net avec ceux de la révolution proprement dite. L’esprit n’est plus le même. Le souffle qui anime les foules non plus. Il y a moins de sincérité et plus de manipulation et de violence gratuite. Mais finalement, on a tendance à s’habituer à tout, et du coup je ne peux pas dire qu’il y a un événement qui m’ait marqué plus qu’un autre récemment. La période de la révolution proprement dite, celle de 2011, restera ce qui m’a le plus marqué.

Propos recueillis par GG

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