L’hommage républicain

Il est 9 heures quand nous arrivons à proximité. La foule est timide, mais les forces de l’ordre sont biens présentes, en nombre. Plus on avance, plus les contrôles s’intensifient. Il fait froid, on nous demande de nous découvrir pour nous fouiller. La tension est palpable sur les visages des hommes en arme. Deux, trois, puis quatre passages de sécurité. Devant nous une télévision Suisse, derrière nous France 2. La Mouette si petite, si forte, se fait une place. Les abords de la place sont encore bloqués, impossible de rejoindre le lieu où tout va se passer. Il est 9h30, et nous comprenons que cette journée restera gravée. On entend « Mais c’est la Mouette  ?, que faites-vous ici ? Cela vous tente un duplex en direct dans un quart d’heure ? ». Point le temps de faire plus ample connaissance que l’oreillette est déjà installée.

10h00, duplex terminé, il est temps de faire ce que l’on sait faire de mieux. Les personnes présentes sont encore peu nombreuses, mais leur regard est le même qu’il y a un an. Tout d’un coup c’est la Marseillaise qui retentit, le coeur de l’armée française reprend à l’unisson notre hymne celui de la paix et de la fraternité. Une répétition nous dit-on. La cérémonie allait bientôt se dérouler, chacun à son rang ! À peine le temps de prendre quelques clichés de la Place de la République en ce matin du dimanche 10 janvier, qu’on nous conduit à notre enclos. Des têtes nous sont familières, « coucou Le Petit Journal ! », « enchanté Monsieur Wittenberg ». Installé, cloisonné par l’Élysée, les appareils photos et les micros n’étaient pas les bienvenus. À quelques mètres de nous, les familles, les victimes des attentas de janvier et de novembre étaient présentes, toutes faisaient face à la statue de la République. À notre droite le couloir des invités. Charlie, ambassadeurs, politiques, à quelques centimètres. Quand Charlie passa, le respect s’imposa, aucune question ne s’extirpa de l’enclos. Uniquement des regards solidaires.

11h00, impossible de sortir de l’enclos et de circuler le froid commençait à tous nous emparer. Solidarité, on s’échangeait les informations, les plus expérimentés nous racontaient des anecdotes vécues du terrain. Puis tous s’affolèrent. Le Président est en avance. « rangez vos appareils et vos micros, nous vous ferons suivre des supports visuels et audios après la cérémonie ». Qu’à cela ne tienne ! Le Président passe, les appareils photos crépitent. Accompagné de la Maire de Paris et du Premier Ministre, François Hollande s’avance dans un silence de cathédrale. Tous les regards sont portés sur la parade qui avance pas à pas. Une fois arrivé, le President salue les familles et Charlie. Le speaker annonce Johnny et sa chanson « Un dimanche de Janvier », le sourire gêné de nos confrères se fait sentir. « Heureusement qu’il ne chante qu’une chanson », « tu as vu il tombe des gouttes ». Vint le tour du coeur de l’armée, « Le temps des cerises, Jacques Brel et la Marseillaise », enfin deux jeunes vinrent lire une lettre de Victor Hugo. L’ancien Maire de Paris confiera peu à près la cérémonie à la Mouette que cette lecture l’a profondément ému, « Victor Hugo a donné la définition la plus exacte de Paris qu’il soit ».

12h00 cérémonie terminée, les appareils sont de nouveaux autorisés à faire leur apparition. L’enclos nous est ouvert après le départ du locataire de l’Élysée. Quelques familles étaient restées pour se recueillir. Quelques personnalités étaient aussi restées pour se taire devant la statue de la République. Notre regard croisa celui du héros de l’Hypercasher, lui qui a surmonté la peur pour sauver des vies, lui qui a eu un courage incroyable, lui qui est la France. Le Premier Ministre accompagné de sa femme discutaient avec des blessés, un mot pour chacun, pour rappeler que la patrie est la pour eux, les larmes s’estompèrent et la venue des objectifs suscitait l’attention d’autres politiques. Nous n’étions que cinq autour du Premier Ministre, les gardes du corps nous laissaient nous approcher pour prendre quelques clichés.

12h30 la cérémonie était terminée. La Maire de Paris décide de s’offrir un bain de foule avec la presse, nous la suivons, nous qui avons été écartés tout au long de la matinée de la foule. La foule ? ce n’est surement pas le terme le plus adéquat. L’an dernier nous étions près de trois millions et aujourd’hui nous sommes si peu. Ou est l’esprit Charlie, ou est parti l’esprit du 11 janvier qui avait fait honneur à nos principes, à nos valeurs.

12h45 : nous partons avec un gout amer. Pourquoi cette cérémonie s’est elle déroulée en si petite intimité, ou sont toutes les personnes qui étaient sorties pour dire qu’elles n’avaient pas peur ? En un an nous avons tous, tout oublier ?

©Bash – La Mouette Bâillonnée

Crédit Photo : ©Bash/La Mouette Bâillonnée

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