« Je devais y aller pour comprendre l’impensable »

3h45  L’heure à laquelle la Mouette a pris son envole le 30 novembre 2014. Un jour inoubliable, un jour extra-ordinaire, un jour qui n’a laissé personne indifférent. Ce sont 24 heures que nous nous devons de garder en mémoire. Alors quand on m’a demandé d’exprimer ce que j’ai ressenti  et ce que j’ai vu lors d’un cours, submergé par l’émotion, j’ai aujourd’hui décidé de passer à l’écrit, je ne peux vous cacher que cet exercice n’est pas chose aisée.

Comment de telles atrocités ont-elle pu être commise ? Jusqu’a quel point l’homme est-il capable d’aller ? Et aujourd’hui doit-on toujours craindre que de tels événements se reproduisent ? Ceci constitue l’infime partie des questions qui se bousculent dans ma tête.

9h00 : Arrivée sur le camp de Birkenau par la Judenrampe. Voie ferrée qui desservait les juifs aux camps d’exterminations. Les juifs et autres prisonniers étaient entassés dans des wagons ils pouvaient être près de 100 par compartiment pendant 3 nuits et 3 jours. Les conditions de transports étaient abominables. Un sot d’eau pour boire et un sot vide pour les besoins, deux sots pour tenir 3 jours et 3 nuits. À leur arrivée sur le camp, ils étaient triés. Ceux qui étaient pointés par les nazis étaient entre guillemet « graciés » pour aller travailler. Les autres pour la plus grande majorité étaient envoyés directement dans la salle de déshabillage où les nazis rassemblaient leurs affaires. Puis ils étaient inconsciemment guidés vers les chambres à gaz. Un juif « banal » ne restait pas plus de 2 heures en vie quand il arrivait à Birkenau. Tout se passait très vite et dans le mensonge le plus complet. Officiellement ils devaient tous travailler, mais avant de se mettre au travail, ils étaient conviés à prendre une douche.  Mais l’eau n’a jamais coulé à Auschwitz.

Ceux promis au travail étaient rassemblés dans des bâtiments érigés par les anciens prisonniers. Imaginez-vous : Nous sommes en 2014 nous savons que la Pologne est un pays où il est susceptible de faire très froid. Nous avons tous pris en compte ces caractéristiques météorologiques  et nous nous étions tous habillés en conséquence. Sous un ressenti avoisinant -15 °C il est impossible d’ignorer le froid. À l’époque les prisonniers n’avaient qu’un pyjama sur eux. Lorsque sonnait l’appel, les déportés devaient rester jusqu’à 5 heures debout sans bouger, sans parler, sans pouvoir réclamer ne serait-ce qu’un peu d’humanité à leur égard.  Le mercure atteignait parfois  -25°C.  Avec nos gros manteaux, nos moufles, nos multiples couches de laine, nous nous sommes tous interdits de nous plaindre du froid qui nous glaçait les veines. Il n’était pas bon d’être malade dans les camps. A peine un malade arrivait à l’infirmerie il était transformé en cowbay aux mains des nazis, un simple objet de science dévoué de force aux expériences « dîtes médicales » …

Puis on nous emmena quelques kilomètres plus loin sur le camp d’Auschwitz. Toute la cruauté des Nazis se résument en une phrase « Arbeit macht frei » comprenez « le travail rend libre ». C’est ce qui écrit à l’entrée du camp. Le mot liberté ne devait donc pas avoir le même sens pour tout le monde. « Liberté » disaient-ils, mais les prisonniers-travailleurs, ne pouvaient  venir et sortir. Ils étaient réprimés, opprimés, insultés, tapés voire assassinés à longueurs de journée. Les nazis ont tout de même trouvé l’idée de construire une prison à l’intérieur même du camp. Les plus littéraires d’entre nous, remarqueront une mise en abîme de très mauvais gout. Les nazis possédaient votre corps et pouvaient en faire ce qu’ils en souhaitent. Un bordel vit le jour. Les femmes étaient violées puis tuées. Pour les prisonniers qui ne suivaient pas les ordres tout un tas de barbaries avaient été pensées toutes plus horribles les unes des autres. Brulé puis éteint plus re-brulé puis ré-éteint et puis une nouvelle fois brulé définitivement. Les tests médicaux étaient chose courante à Auschwitz. Le plus difficile à supporter lors de la visite à Auschwitz est incontestablement le bâtiment 11. Ce dernier constitue le musée du camp. Sont exposés toutes les affaires personnelles des juifs.  Derrière une grande vitre on peut voir un immense amas de cheveux, plusieurs dizaines de kilos que les nazis ont coupé aux juifs. Derrière une autre, on y voyait  tous les sacs que les juifs avaient avec eux.  Des photos d’époques sont aussi exposées. Des officiers allemands et Zonderkommando -juifs « graciés » qui  effectuaient le sale boulot- ont réussi au péril de leurs vies à prendre quelques clichés qui témoignent de l’existence des chambres à gaz et des fours crématoires. Une photo, où l’on peut voir un enfant en bas-âge regardé l’objectif du photographe, un regard vide, mais qui en dit long. Cette photo émanait quelque chose d’indescriptible, une chose que je n’avais jamais supporté auparavant une chose qui m’a véritablement transpercé.  Me voila las. La guide expliquera quelques minutes plus tard que cette photo a été prise quelques secondes avant que cet enfant ne soit gazé. Sur les 76 000 juifs déportés de France, 11 000 étaient des enfants. Un massacre,  un véritable génocide.

À notre retour en France la première chose qu’on nous a demandé était : « Alors la Pologne, c’était cool ? » C’est à ce moment précis que j’ai compris que la plupart des personnes ignorent ce qu’il a pu se passer la bas. Mais comment leur en vouloir ? Les choses paraissent si abstraites et si éloigner de la réalité. À la question pourquoi es-tu parti à Auschwitz ? je répondrai tout simplement : pour y apprendre l’impensable,  devenir un témoin de la barbarie nazis et contredire tous les propos des négationnistes. Ces personnes nient l’existence des camps d’exterminations et contribuent à l’antisémitisme et la monté du racisme. Ignorer les camps c’est donner du crédit aux Nazis. Dire que les camps sont un détail de l’histoire de la seconde guerre est tout simplement inaudible. J’en appelle à votre morale : si par malheur lors de votre existence vous croisez une personne de cette espèce la, ne laissez pas cet individu promulguer de telles infamies, n’hésitez pas à la remettre à sa place.

Auschwitz

©Bash – La Mouette Bâillonnée

Crédit Photo : © Bash/La Mouette Bâillonnée

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