« La France m’a sauvée »

 

L’histoire que je vais vous raconter n’est pas commune, elle est même extraordinaire. Par mesure de sécurité, ni le nom, ni le pays d’origine de la personne ne seront mentionnés.

 

Le hasard. C’est le hasard qui a organisé notre rencontre. Assise, près de nous, silencieuse et attentive elle était toute ouïe, elle prêtait attention à chacune de nos interventions. Lorsque ce fut son tour de prendre la parole, elle se leva. Du haut de son mètre soixante-cinq, elle se présenta. La jeune-femme se revendiquait journaliste d’une radio africaine. La salle était bruyante, puis d’un coup, le silence se fit entendre. Les yeux luisants, elle nous fit part de son parcours.

Élevée dans un petit village africain d’un État démocratique, elle devint institutrice à la suite de longues études de langue. L’enseignement lui convenait mais ce n’est guère ce qu’elle envisageait pour l’avenir.

Très vite elle nous confia qu’une chose en elle l’animait, une chose qu’elle portait dans son coeur dès sa tendre enfance. Une chose indescriptible qui s’apparentait à une soif de faire parler les oubliés. Alors quand on lui proposa un poste dans une rédaction, sa réponse fut immédiate. À l’âge de 9 ans, à la lecture des journaux, c’était en présentatrice de 20 heures qu’elle se voyait déjà. Ce poste, comme pigiste à la radio nationale était donc pour elle une opportunité à ne pas laisser passer.

Step by Step, débutant au plus bas dans la hiérarchie elle devint en quelques années seulement, directrice de la radio. Institutrice, journaliste, et maintenant directrice de la radio la plus écoutée du pays. Sa vie était pour l’heure un véritable conte de fée.

Trop beau, c’était trop beau pour durer. Informée par une source venant du parti politique en place au gouvernement, elle sut que le Président en exercice souhaitait briguer un troisième mandat malgré que la constitution ne l’y autorisait pas. Cette source apparement très bien informée lui laissa entendre que tout opposant au Président, serait tué. Malgré les recommandations elle ne se découragea pas. Elle savait pertinemment qu’en se taisant les dizaines, voire les centaines, de personnes qui seraient descendues dans les rues pour crier leurs droits allaient se faire assassiner.

Par mesure de sécurité, elle en informa ses collègues à la rédaction. Personne n’a souhaité l’accompagner dans la révélation de cette affaire par peur. Alors elle y alla seule. Depuis ce jour, elle est traquée, violentée. L’état de droit qu’était son pays est devenu très rapidement un état de guerre civile. Poursuivie devant les tribunaux, elle n’a jamais donné le nom de sa source. Trainée devant les juges elle fut par miracle exemptée par l’absence inattendue de son avocat le jour du procès. En sortant du tribunal, une arme sur la tempe elle prit la fuite. Les forces armées étaient quotidiennement à ses trousses. Contactée par Reporters Sans Frontières (l’organisation internationale pour la défense des journalistes avait aussi été aux côtés de la Mouette dès janvier 2015) elle pu être exfiltrée clandestinement de son pays pour être accueillie ici en France. Depuis, notre héroïne, vit à la Maison des Journalistes à Paris, loin des siens en toute sécurité.

Après son récit, nous avons pu lui poser quelques questions.

« La France et plus particulièrement des journalistes ont été visés en janvier 2015, quand Reporters sans Frontières vous a ouvert les portes de la France, aviez-vous confiance, étiez vous rassurées ? »

« Vous savez, la France est pour, nous journalistes réfugiés, le lieu sacré de la liberté d’expression.  Quand nous avons appris l’attaque à Charlie Hebdo, je suis allée avec mon équipe à l’ambassade de France de mon pays, afin d’y présenter nos condoléances. Les hommes qui ont attaqué Charlie Hebdo n’étaient pas envoyés par le Gouvernement national, ceux qui me traquaient dans mon pays étaient sous les ordres de l’État. Ici votre État me protège, quand j’ai su que je venais en France j’étais heureuse, très rassurée. »

« Aujourd’hui vous vivez en France avec d’autres journalistes réfugiés venus d’ici et d’ailleurs, de quoi discutez-vous entre vous ? Parlez-vous de vos histoires respectives ou justement est-ce que ces sujets sont des sujets dont vous ne souhaitez pas parler? »

« En effet je vis à la Maison des journalistes avec de nombreux journalistes étrangers qui ont dû fuir leur pays d’origine parce qu’ils étaient menacés. On parle très souvent de ce qui nous est arrivé, je me suis rendu compte que mon cas n’était pas isolé et que d’autres de mes confrères &  consoeurs ont vécu des choses d’une violence rare. Au fil des discussions ce sont des amitiés qui se sont créées. J’ai remarqué une chose très importante : bien que nous soyons tous plus ou moins menacé de mort, nous avons tous envie de retourner travailler dans notre pays. Nous pensons que notre place à l’avenir n’est pas en France. La France nous aide, nous lui en sommes redevables bien-sûr mais nous voulons repartir dès que la situation sera meilleure dans nos pays. » 

« Cela fait quelque temps que vous êtes en France quel est votre regard sur les médias français » 

« C’est tout simplement incroyable, vous avez énormément de chance. La presse française est si diversifiée si belle, vous faites des envieux à l’international ! J’ai eu la chance de travailler depuis mon arrivée en France pour quelques médias, c’était à la fois un grand plaisir et un grand honneur. » 

Cette femme, nous a touchés, par sa force son courage, sa simplicité & son humilité. Avant que l’on se quitte, elle nous fit promettre, que nous journalistes jeunes, nous devions défendre la liberté d’expression quoi qu’il arrive.

La Mouette

Bash

Merci à @associationjetsdencre

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Bonjour à toute l’équipe, bravo pour ce papier. Le Zéphyr le relaie avec plaisir.

    Amitiés

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