Le nounours du futur

« Il était une fois, dans les contrées vastes et fraîches d’Amérique du Nord, des animaux pour qui le réchauffement climatique, outre ses conséquences désastreuses, rapprochait les coeurs. Prince Grizzly, aimant la chasse sur la terre ferme et étendue du Canada voyait dans la fonte des glaces une opportunité d’étendre son terrain de jeu. Alors qu’il remontait vers les forêts du nord, il rencontra Princesse Polaire, qui, désolée de voir sa terre de glace se transformer en eau, y descendait dans l’espoir de trouver un nouveau territoire pour subsister. Chacun fut tout de suite attiré par l’autre: là où l’ours brun s’inclina devant la beauté pure de l’ourse blanche, celle ci ne résista pas au charme viril et farouche de l’autre. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants pizzly et grolar. »

Les ours pizzly et grolar sont découverts pour la première fois en captivité au zoo de Thoiry en 1969 alors que, par erreur, un ours polaire et un grizzly se retrouvent dans le même enclos, et le flirt dégénère. Plus récemment, un zoo allemand a vu naître en 2004 deux bébés grolars, Tips et Taps. Ces noms, qui sonnent drôlement à nos oreilles de Français ne sont autres que des néologismes anglophones: il s’agit de la contraction entre “grizzly bear” et “polar bear”. Ainsi, un “pizzly bear” désigne un ours de mère grizzly et de père ours blanc, tandis qu’un “grolar bear” désigne l’inverse.

Mais la première découverte des ces ours hybrides à l’état sauvage en 2006 éveille les réflexions. C’est le réchauffement climatique qui a poussé les ours polaires et les grizzlis à se rencontrer puis à se reproduire, preuve que le monde est bel et bien en métamorphose et que la nature est contrainte de s’adapter. Saviez-vous d’ailleurs qu’à l’origine l’ours polaire et le grizzly étaient une seule et même espèce, et que certains ont dû s’adapter aux régions glaciales, d’autres aux régions de plaines et de montagnes, permettant ainsi l’évolution de deux espèces différentes ? Et, comme la nature fait bien les choses, alors que l’ours polaire est, bien tristement, aujourd’hui en voie d’extinction, la création d’une nouvelle espèce proche est le moyen de perpétuer à travers grolars et pizzlis l’espèce de l’ours blanc. D’autant plus qu’il s’est avéré que ces hybrides étaient capables de procréer à leur tour, avec d’autres grolars, pizzlis mais aussi avec des grizzlis et des ours polaires. Non seulement ces animaux arrivent à garantir la survie de leur espèce, mais en plus ils sont parvenus à multiplier leurs partenaires sexuels potentiels. Qu’ils sont malins… Cette perspective de prolongement de l’espèce de l’ours polaire est alors une nouvelle pleine d’espoir et de tendresse qui ne fait pas de mal, à côté de tous ces discours défaitistes sur le changement climatique.

Je vois déjà certains d’entre vous s’émerveiller en imaginant ce nouveau gros nounours “troooop mignon”. Mais ne vous méprenez pas, le grolar est, pour le coup, un vrai gros lard: alliance des deux plus grands carnivores de la planète, les populations canadiennes s’inquiètent de voir apparaître près de chez eux un nouveau yéti. En effet, l’ours étant considéré comme le fauve le plus puissant et le plus dangereux, on imagine facilement que le mélange de deux espèces est davantage à craindre. À tout ceux qui aurait rêvé s’endormir contre la douce fourrure d’un grolar : mieux vaut se contenter d’un ours en peluche de 205 cm disponible chez Jouet Club.  

Juliette Laethem

Tips et Taps, grolars du Zoo Osnabrück, Allemagne

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