Une vie de chienne

« Faut vraiment être une pute pour s’habiller comme ça », « C’est une chienne à coucher au bout d’une semaine »…

Toute cette vulgarité aurait le don d’agacer Cristina Cordula ! Quoi qu’il en soit, comme une partie conséquente des insultes dans la majorité des langues, celles-ci proviennent de mots à connotation sexuelle ou ethnique.

Mais il semblerait qu’en employant ce genre de mots, la personne lambda ne prenne pas conscience de la banalisation du slut-shaming, et par conséquent du sexisme misogyne et phallocratique qui en découle. Initialement, pute=prostituée ; insulter quelqu’un de « pute » revient donc à sous-entendre que cette personne vend des services sexuels. Et quel est le problème à cela ? Il existe en effet une liberté fondamentale (vous savez, un des droits pour lesquels nos ancêtres se sont battus) : la liberté de disposition de soi, et par conséquent la liberté de disposer de son corps. Quand on sait que 18% des hommes français ont déjà payé pour des services sexuels, cette considération négative de la prostituée devient risible.

« Tu cours comme une femmelette », « Arrête de pleurer, t’es pas une fillette », « La cuisine c’est un truc de filles », « Tu ne serais pas un peu trop efféminé, toi ? »…

Nous baignons dans une culture binaire des genres, voilà un fait établi qui discrimine certaines communautés (transsexuels, hermaphrodites…) Mais au sein même de notre système homme-femme, nous réussissons à instaurer des idées reçues dégradantes selon le sexe d’un individu. Pourquoi une femme serait-elle plus disposée qu’un homme à pleurer devant Titanic ?

Nous infligeons à chacun des contraintes sexistes, et cela dès l’enfance. Dans toutes les formes de consommations (jeux, télévision, habillement…), on conditionne les jeunes garçons et les jeunes filles à des objectifs différents : les uns doivent être grands, forts et courageux, tandis que les autres doivent être belles, gracieuses et douces.

Et c’est donc inconsciemment que nous contribuons quotidiennement aux stéréotypes des genres, à cause de phrases similaires.

« T’es vraiment une tapette », « Espèce d’enculé », « Sale pédé »…

Cette fois ci, les mots viennent de la stigmatisation d’une communauté LGBT encore trop muselée. Premièrement, ces phrases contribuent au développement de l’homophobie puisqu’elles la normalisent. Mais, deuxièmement, elles sont à l’origine de l’étouffement des homosexuels, participant au malaise général autour de l’orientation sexuelle, donc à la difficulté d’assumer celle-ci, mais également à la nécessité de l’affirmer : on entend encore trop souvent des gens demander « Mais pourquoi les homosexuels ont-ils toujours le besoin de se montrer ?!»

Ironiquement, ces mots barbares proviennent généralement d’une certaine ignorance autour des moeurs LGBT : par exemple, quand nous disons « PD » (en réalité, c’est « pédé »), connaissons-nous la notion de pédérastie ? C’est, certes, une forme de relation homosexuelle, mais entre une personne mature et un adolescent, trouvant ses origines dans les concepts éducatifs de la Grèce Antique. Le raccourci est rapidement fait et la pensée populaire amalgame et associe cette pratique à la pédophilie. On retrouve ensuite des vidéos, plutôt comiques, nous disant que le mariage pour tous est la porte ouverte à toutes les formes de pédophilies et que les homosexuels veulent se commander des enfants pour en faire des esclaves sexuels… Faut-il en rire ou en pleurer ?

« Tu es trop jolie pour être lesbienne », « T’inquiètes pas, ça se soigne »…

Pensez-vous vraiment que ce genre de phrases, prétendument de drague, ont la moindre chance de fonctionner ? Qu’une fille homosexuelle se dise subitement « Oh, bah non, je suis hétéro en fait » ?

« Il me faut vraiment un meilleur ami gay, ils sont tellement sympas et ils ont tellement de goût ! »…

Ne trouvez-vous pas cette idée de « meilleur ami gay » un peu alarmante ? Il est peut-être temps de créer la meilleure amie blonde ou le meilleur ami poissonnier, vous ne croyez pas ? Encore un concept qui stigmatise et écarte la population gay pour une de leurs caractéristiques.

Concrètement, un sondage de 1993 démontrait qu’un collégien américain entend en moyenne ce type de commentaires homophobes plus de 25 fois par jour. C’est génial pour développer de la confiance en soi ! Surtout que dans l’immense majorité des cas les enseignants n’interviennent pas. Remarquez, quand on sait qu’en 1997, 52 % des Français trouvaient choquant qu’un homosexuel soit professeur dans le collège de leurs enfants et qu’être gay friendly est assimilé par certains sectaires à l’homosexualité, il y a une certaine tolérance à avoir pour eux.

On a tendance à rabâcher que les adolescents homosexuels ont quatre fois plus de risques de se suicider, et que 18% d’entre eux l’ont déjà tenté mais, à cause de ce genre de commentaires répétitifs, nous sommes tous responsables. Et nous sommes également tous capables d’agir.

Alors agissons.

Alexis Leclerc Dalmet – La Mouette Bâillonnée

Crédit photo : ©Bash

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Vénina Liv dit :

    Bravo ! Un super article pour bien dénoncer les stigmatisations et discriminations en tout genre. Et en plus avec un peu d’humour ! Que les stupides intolérants en prennent de la graine !

  2. Deslaugiers dit :

    Un thème bien choisi pour ce très bon article. Bravo.
    (juste un détail le mot « oppressement » n’existe pas à ma connaissance)

    1. Bonjour,
      Merci pour votre commentaire, cela me touche beaucoup !
      Aussi, après vérification dans mon cher ami le dictionnaire, le mot « oppressement » n’existe effectivement pas. Je l’ai donc modifié, je vous remercie de nouveau pour votre oeil avisé.

      Alexis Leclerc Dalmet – La Mouette Bâillonnée

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