Sans les jeunes, l’École se refonde

Entre #RefondationÉcole et coup de com’ politique

          La Mouette, comme vous avez pu le remarquer s’est intéressée de près à la question de l’École. Précédemment Monsieur BAUDELOT, grand sociologue français, avait répondu aux innombrables questions que nous lui avions préparées. Lui, qui a passé une grande partie de sa vie à étudier l’École dresse un constat alarmant sur l’Institution que les locataires de la rue de Grenelle dirigent. « L’École a été abandonnée » nous avait-il confié en mars dernier. Les inégalités scolaires sont devenues un mal incurable tant par la passivité des technocrates que par le manque de moyens qui frappe l’Éducation nationale. L’interview s’était alors terminée sur de pesantes inquiétudes.

        Ironie du sort, durant les vacances de printemps, une bien belle information nous est parvenue « Les journées pour la re-fondation de l’École de la République se tiendront les 2 et 3 mai prochains. En présence de Monsieur le Président de la République, Monsieur François HOLLANDE, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur Manuel VALLS, Madame la Ministre de l’Éducation nationale de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Madame Najat VALLAUD-BELKACEM ». Comme vous le remarquerez le menu était si copieux que nous ne pouvions rester les bras croisés. L’accréditation en poche nous voilà arrivés au Palais Brongniart à Paris en compagnie de nos amis du Zeugma et de notre lot de questions.

       Ces journées commencèrent par un coup de communication exemplaire. En effet nous vîmes arrivés bras-de-dessus bras-dessous, la Ministre actuelle de l’Éducation nationale ainsi que ses deux prédécesseurs. L’arrivée des ex-Ministres de l’Éducation nationale, Monsieur PEILLON et HAMON se fit ressentir dans la salle de conférence. La photo était trop belle pour ne pas la rater (voir se la faire piquer par un ancien Ministre…).

     Les différents protagonistes ont pris la parole tour à tour afin d’expliquer au public et aux médias le sens de cette « re-fondation ». Chacun a évoqué à sa façon les échecs auxquels l’École fait face aujourd’hui et les changements que permettront cette « re-fondation ». En quelque sorte, le même discours clamé par trois orateurs. Mais comme on nous le rabâche souvent, la répétition est un gage d’apprentissage… au cas où une seule fois ne suffirait pas !

       Le constat est sans appel et unanime, l’Éducation française est en crise à cause de son système ségrégatif et sélectif. Et les chiffres le démontrent ! Au dernier classement PISA, un programme mesurant les performances des différents systèmes éducatifs, la France a perdu cinq places, se positionnant aujourd’hui à la 18ème place sur 34 pays évalués.

      Pour remédier à cela, un vaste programme nous est annoncé. Tout d’abord, la promesse d’une École plus inclusive et plus égalitaire. Une École plus égale n’envisage en aucun cas une diminution des élites mais vise à permettre une démocratisation de l’excellence par le biais d’une éducation de qualité. S’ensuit, une lutte active contre le décrochage scolaire. Pour Vincent PEILLON, « Tout élève peut réussir. Tout élève est éducable. ». Aussi, une augmentation du nombre d’enseignants et une formation plus approfondie pour ceux-ci sont nécessaires. La volonté de cette « re-fondation » est aussi de donner à l’École le devoir de transmettre les valeurs chères à la République et ceci est plus que jamais une priorité dans le contexte actuel. Cependant, les Ministres constatent qu’aujourd’hui l’École n’est pas en phase avec la société actuelle. « Agir pour l’École, c’est tout simplement agir pour la République », ajoute Najat VALLAUD-BELKACEM, l’actuelle Ministre de l’Éducation nationale. C’est sur ces paroles, plutôt utopiques, que s’est achevée l’Ouverture de ces journées.

      Lorsque la première plénière fut close par Madame VALLAUD-BELKACEM, la Ministre invita l’assemblée composée de chefs d’établissement, de technocrates (encore eux), de syndicats de professeurs et d’associations partenaires de l’Éducation nationale à se rendre aux conférences débats organisées dans le but d’entendre tous les partenaires sur la question qui les rassemble : le devenir de l’École.

     Nous décidons de suivre le pas ministériel afin d’interpeller la Ministre directement. Bien installés dans la salle de presse, la Ministre confia que de grandes annonces seraient faites le lendemain par le Premier Ministre … À se demander si ces conférences débats étaient vraiment nécessaires ou si tout était prévu … 

      De retour en séance plénière nous avons pu constater avec surprise mais aussi déception que nous étions les seuls jeunes présents à ces journées consacrées à la « re-fondation » de l’École. Triste constatation qui est celle, au mieux d’un oubli, au pire celle du parti pris, ou avions-nous la grande responsabilité sur nos épaules de représenter la jeunesse de France ? Monsieur Eric FAVEY, Secrétaire général de la Ligue de l’Enseignement  s’est interrogé à notre micro : « au nom de quoi un élève interviendrait–il ? »  Bah oui Bah bien-sur … Les propos des élèves valent moins que ceux des technocrates c’est évident … on aurait du y penser … Honteux sont les propos de cet homme qui préfère bâillonner la jeunesse pour éviter d’être éclaboussé.

     Nous l’aurons bien compris, l’École française est névrosée. Le lendemain nous avons profité de la venue des Ministres de l’Éducation portugaise et suédoise pour comprendre comment nos camarades européens travaillent à l’École. La Suède a oeuvré depuis quelques années pour la construction d’une école 100 % inclusive c’est-à-dire pour une école qui devient une structure qui n’exclut personne et qui met en place des dispositifs adaptés pour tous selon les besoins de chacun. La France tente d’y parvenir mais le compte n’y est pas.

Le Ministre portugais au micro de la Mouette a défendu une nouvelle initiative de son cabinet : offrir une bourse à chaque établissement pour favoriser les projets des élèves. En quelque sorte le Portugal va donner des moyens aux jeunes pour qu’ils entreprennent  au sein de leur école.

Enfin pour clôturer ces deux jours de « concertation » le Premier Ministre, Manuel VALLS, annonça une revalorisation des salaires des enseignants du primaire. Alors véritable « re-fondation » de l’École de la République ou coup de com’ visant à mettre les fonctionnaires dans la poche avant 2017, c’est à vous d’en juger …

Bash & Tristan VARTANIAN

La Mouette Bâillonnée – Le Zeugma

Crédit Photo : ©Bash

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