De la transidentité

 

LGBTQIA : Lesbiens-Gays-Bi-Trans-Queer-Intersexes-Assexuels, souvent abrégé LGBTQ+, quand on n’oublie pas le Q+. C’est sous cet acronyme que se présente le mouvement visant l’acquisition de plus de droits pour les personnes qui ne sont pas cisgenres et hétérosexuelles.
Dans la Mouette, vous avez pu lire certaines choses sur la première partie du mouvement, sur les homosexuels. On parle cependant bien moins des bi, et encore moins de ce qui vient après. Je vais aujourd’hui essayer de vous introduire aux enjeux de la transidentité.
Qu’est la transidentité ? Il s’agit de la conscience d’une dichotomie entre le genre que l’on sent être le nôtre et celui que l’on nous a attribué à la naissance. Le genre est une question d’identité, et n’est absolument pas la même chose que la sexualité : les trans* peuvent parfaitement être hétérosexuels, homosexuels, bi-, pan- (tous les genres), assexuels (ne pas ressentir d’attirance sexuelle) ou autre chose encore. Il ne s’agit pas non plus de travestissement : les travestis portent des habits. Les personnes transgenres, elles, vivent leur genre au quotidien, et cela peu importe leurs vêtements.
Le genre est la façon dont l’on se perçoit sur le spectre masculin-féminin. Les cisgenres se perçoivent en accord avec le genre qu’on leur a assigné à la naissance (d’où le préfixe cis- : en-deçà en latin, e.g. Cisrhénanie), et ne voient pas de problème à se faire appeler « monsieur » ou « madame » en fonction de leur apparence. Pour les personnes transgenres (du latin trans-, au-delà, e.g. Transrhénanie), cela n’est pas aussi évident.

Il ne s’agit pas non plus d’une sorte de fétiche ou de fantasme. Je tiens à le répéter, il s’agit d’identité, pas de sexualité : les personnes transgenres voient leur identité ainsi, sans que cela soit sexuel. La transidentité n’a pas lieu dans la chambre, elle se vit vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il s’agit d’un sentiment constant, et, assez souvent, d’une souffrance dans certaines conditions : souci d’image de soi devant un miroir, être mégenré par quelqu’un (ce qui se passe quand on utilise monsieur pour s’adresser à quelqu’un qui n’est pas un homme), etc…
La confusion qui existe en général entre les questions de transidentité et de sexualité est problématique, et peut s’expliquer par plusieurs raisons ; les psychiatres qui à une époque considéraient que le « transsexualisme » était une maladie mentale (comme l’homosexualité à une époque, soit dit en passant), le nom de transsexualisme, l’association qu’on a tendance à faire entre genre et sexe en général, et enfin la place du T dans LGBT, après trois termes qui ont un lien avec la sexualité. Si vous voulez savoir où se trouve le problème, outre l’effacement qu’il y a des réalités transgenres, il y a aussi l’impression que certaines peuvent avoir de la transidentité comme étant une sorte de fétiche purement sexuel, alors que les personnes transgenres veulent simplement vivre en étant perçus comme ils sont : des personnes normales, garçons, filles ou autres au même titre que les cisgenres ; avoir le droit d’aller aux toilettes, être appelé comme ils le veulent.
Outre ça, il ne faut pas non plus confondre le genre avec l’expression du genre. Imaginez que vous imposiez à toutes les filles de porter des jupes, que vous imposiez à tous les garçons d’avoir un comportement super viril. Il en va de même pour les personnes transgenres : une transgenre (ou un non-binaire) peut être un « garçon manqué » et vice-versa. De même, les travestis peuvent s’habiller comme ils le veulent sans pour autant être transgenres ; nous ne considérons pas de nos jours qu’une femme qui s’habille en jeans est un garçon pour autant, alors pourquoi faire cette assimilation quand un garçon porte des habits « typiquement féminins » ou se maquille ?
Il est difficile d’obtenir des chiffres sur le nombre de personnes transgenres en France, mais il semblerait qu’environ 0,6 % de la population adulte aux États-Unis le soit. Nous sommes plus nombreux que vous le pensez, et vous avez sans le moindre doute rencontré déjà plusieurs transgenres dans votre vie. Pour le moment, nous vivons la plupart du temps en secret (« stealth ») car il est compliqué de transitionner (changer de genre), car l’on peut être rejeté même si la nouvelle génération est plus ouverte. Quand (et si) quelqu’un a transitionné, il ne va pas forcément le dire à tout le monde car tout le monde n’a pas à le savoir ; personne n’a envie d’être réduit à une simple image, personne n’a envie d’être rejeté.

Pour finir ce message, j’aimerais vous donner quelques conseils importants pour faciliter la vie des personnes transgenres.
* Une femme trans (ou transsexuelle comme on peut lire parfois) a été assignée garçon à la naissance, un homme trans (ou transsexuel) a été assigné fille à la naissance. Oui, une femme trans est une femme. Oui, un homme trans est un homme. Évitez vraiment de penser que ce sont de « fausses femmes » ou de « faux hommes » ; il n’y a rien de plus transphobe ; c’est pour cette raison qu’on parle de personnes cisgenres pour désigner les non-trans, car les personnes cisgenres ne sont pas plus hommes ou femmes que les transgenres.
* Ne demandez pas aux personnes transgenres quels organes génitaux elles ont. Ne demandez ça à personne ; c’est privé, cela ne vous regarde pas, c’est une question de bon sens. Sérieusement. En fait, ne demandez à personne la nature de leurs organes génitaux.
* Ne mégenrez pas les personnes transgenres. C’est plus douloureux que vous ne le pensez, puisque cela revient à nier notre identité. Quand vous entendez parler d’une femme trans, ne la qualifiez pas au masculin et vice-versa.
* Nous ne décidons pas de confier à tout le monde que nous sommes trans et n’avons pas forcément envie que tout le monde le sache : si nous vous le révélons, comprenez que nous vous faisons confiance, ne vous sentez pas trahis que nous ne l’ayons pas dit plus tôt. Et ne le répétez pas sans notre autorisation : il s’agit d’un affaire de bon sens, on ne répète pas les secrets de quelqu’un.
* Si vous êtes transgenre, je vous conseille d’en parler à quelqu’un de compétent ; il y a des ressources en ligne ; le numéro de l’association nationale transgenre est le 06 25 40 59 21 par exemple. Ces personnes pourront vous donner des conseils pour mieux cerner votre identité, répondre à vos questions et vous conseiller si vous souhaitez transitionner.
* Si vous souhaitez avoir plus d’informations, vous pouvez lire en ligne la BD « Assignée garçon » par Sophie Labelle, qui présente un bon nombre des problèmes auxquels font face les personnes transgenres. Prenez la peine de vous renseigner, s’il-vous-plaît.

©Calame.

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