Lucrèce Borgia à la Comédie Française, une mise en scène de Denis Podalydès

« Une goutte de lait de tendresse maternelle peut teinter en blanc un océan de noirceur »

Telle est l’influence du sentiment de maternité ou de paternité que l’on retrouve chez Hugo, dans Le Roi s’amuse, dans Les Misérables et bien sûr dans Lucrèce Borgia. L’amour d’un fils engendre la rédemption, chez une femme cruelle et sanguinaire: en cela tient l’ambivalence très marquée de ce personnage. La mise en scène de Denis Podalydès ne fait qu’accentuer sa dualité, en mettant en lumière sa complexité, qui fait la richesse de l’œuvre.  Le paradoxe de Lucrèce Borgia  tient dans son comportement, une femme couverte de sang et de crime, incapable d’éprouver ni clémence, ni compassion pour ses victimes, et dont la maternité génère soudainement des sursauts d’humanité, au sein même de la terreur qu’elle instaure. Elle se présente ainsi comme un condensé de sentiments contradictoires, par le fait qu’elle tente vainement de s’arracher au mal qui l’habite depuis toujours, par l’amour qu’elle a pour son fils.

On perçoit alors cet enfermement des criminels dans une image que la société leur inflige, et dont ils ne peuvent s’affranchir, le simple nom de Borgia l’enferme dans un rôle de tyran, elle ne peut être une mère aimante au yeux des autres, son nom la renvoie à sa condition : le mal. Toute tentative de rédemption ou de pardon se confronte dès lors à ses actes passés et devient impossible. Seul son fils connaît sans le savoir ces deux visages, comme chacun il déteste et redoute Lucrèce Borgia, mais il idolâtre une mère inconnue dans un récit imaginaire qu’il brode lui-même, à partir des lettres qu’il a reçues d’elle. L’amour qu’il porte pour sa mère devient supérieur à tout autre, mais la haine qui l’habite envers Lucrèce Borgia ne cesse de s’amplifier au cours de la pièce . Comment pourrait-il soupçonner que derrière ces deux visages se dissimule une même personne, lui inspirant des sentiments contraires ? Tout le tragique est là.

Le génie d’Hugo réside dans cette capacité à tisser l’intrigue telle une toile d’araignée, où les personnages d’eux même se perdent un à un, dans une effervescence menaçante teintée de joie et de folie, mais derrière laquelle se dessine un drame qui se fait amplement pressentir. A chaque instant, le tragique pourrait être désamorcé, mais si quelquefois il s’estompe, ce n’est que pour mieux entraîner un dénouement où l’intensité tragique culmine.

La Mouette bâillonnée vous conseille donc amplement cette pièce de Victor Hugo, mise en scène par Denis Podalydès, à la comédie française, salle Richelieu. Vous y retrouverez Elsa Lepoivre dans le rôle de Lucrèce, remplaçant Guillaume Galliène, ainsi que Thierry Hancisse, Gaël Kamilindi et Éric Ruf, déjà présent sur cette pièce il y a quelques années.

Lucie Bouley 

Illustration de @BENGUERCHO

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s