Merci Madame

Merci

Ce 30 juin 2017, notre chère Simone Veil nous a quittés, elle avait 89 ans. Il était de mon de devoir de lui accorder un ultime hommage.

Depuis que je suis en âge de comprendre les enjeux de notre monde, elle est devenue mon symbole, mon modèle, mon héroïne. Elle portait en elle les idéaux et les valeurs que je tends à défendre dans ma vie future. Elle a dans sa vie œuvré pour trois grandes causes: la mémoire de la Shoah,  l’émancipation féminine et le développement d’un projet européen. Retour sur une des plus grandes femmes de notre siècle.

Simone Veil était une grande figure de la vie politique française, académicienne, elle était rescapée des camps de la mort, où elle avait été déportée à 16 ans, et incarnait également pour les Français à ce juste titre la mémoire de la Shoah.

En mai 1974, alors juriste de 46 ans sans étiquette dans un monde politique d’hommes, Simone Veil avait été nommée ministre de la Santé par Valéry Giscard d’Estaing. Quelques mois plus tard, celle-ci parviendra à imposer au Parlement une loi instaurant l’Interruption volontaire de grossesse.

Ces mots notamment, prononcés contre l’hostilité parfois virulente d’une partie de l’Assemblée, sont restés particulièrement célèbres: « Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme, je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes: Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. »

Durant son allocution, la riposte des adversaires de l’avortement est extrêmement violente. Les propos antisémites vont bon train. Hector Rolland déclare à propos de Simone Veil qu’elle fait « le choix d’un génocide ». Jean-Marie Daillet évoque quant à lui les embryons « jetés au four crématoire ». Jacques Médecin parle de « barbarie organisée et couverte par la loi comme elle le fut par les nazis ». Face aux injures devant une assemblée composée seulement de neuf femmes, Simone Veil ne perd pas pieds. Après le passage de 74 orateurs, elle reprend la parole  et déplore les analogies qui viennent d’être faites avec le racisme des nazis. Elle reviendra plus tard sur cet évènement et dira avoir ressenti « un immense mépris ».

Le 29 novembre 1974, vers 3h du matin, la loi est votée par 284 voix contre 189. Une nouvelle étape dans l’émancipation des femmes est enclenchée.

Ce combat sera le premier d’une carrière politique de renom qui la conduira en 1979 à la première présidence du Parlement européen. Elle restera députée européenne jusqu’en 1993, date à laquelle Edouard Balladur la rappelle au gouvernement et la nomme ministre d’Etat en charge des Affaires sociales, de la santé et de la ville.

Elle écrit en 2007 son autobiographie « Une vie » qui devient une référence. Elle y raconte son destin de rescapée des camps, sa vie, ses espoirs, ses victoires . En 2008, Simone Veil est élue à l’Académie française. En 2012, elle est élevée à la dignité de grand-croix, la plus haute distinction de l’Ordre de la Légion d’honneur.

Son parcours restera gravé à jamais dans nos mémoires. Et c’est aujourd’hui vers elle que sont dirigées mes pensées. Madame, votre sagesse n’avait d’égal que votre grandeur. Vos combats, vos idéaux étaient justes. Vous avez inspiré une génération toute entière, nous prendrons la relève en votre nom car les droits même en démocratie restent fragiles. Vous portiez en vous ce symbole d’émancipation, de justice. Nul ne sait de ce qu’il adviendra de nos progrès sociaux. Mais tant que votre nom raisonnera dans les esprits, ces progrès garderont votre nom. Vous avez révolutionné la vie et le destin de nombreuses femmes, vous nous avez donné la liberté de disposer librement de nos corps. Vous avez su vous imposer dans une société patriarcale en défendant vos convictions. Vous êtes devenue une passeuse de mémoire, ne manquant pas une occasion pour rappeler aux Français les horreurs perpétrées par le régime nazi.  Vous avez été une des premières à croire en un projet européen stable et pacificateur.

Aujourd’hui le monde vous rend hommage et vous remercie pour tout votre travail accompli. Nous vous assurerons qu’il n’a pas été vain. Vous disiez: “L’avenir ne nous apporte rien, ne nous donne rien ; c’est nous qui, pour le construire, devons tout lui donner, lui donner notre vie elle-même.”

Nous serons, je vous le promets ceux qui construirons l’avenir.

Reposez en paix Madame

©Elisa Gutowski

précédemment publié sur hexagonline

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