La crise monétaire turque

Vendredi 10 Août, un tweet de Donald Trump annonçait un doublement des taxes sur l’acier et l’aluminium importés de la Turquie vers les États-Unis. Le même jour la livre turque perd 16% de sa valeur face au dollar pour atteindre 4 jours plus tard une valeur de 7 livres contre 1 dollar. En réalité, l’annonce du président américain n’a fait qu’accélérer une crise qui dure depuis plusieurs mois (la livre turque a perdu 40% de sa valeur par rapport au dollar depuis le début 2018), tout en confirmant les tensions diplomatiques entre Washington et Ankara.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2003, Recep Tayyip Erdogan, actuel président turc, a profité des réformes économiques et du plan d’aide du FMI (à hauteur de 40 milliards de dollars). Ces mesures avaient été engagées avant le début de son mandat en réponse à la crise économique de 2001. Erdogan a ainsi bénéficié des réformes pendant plusieurs années. En plein boom économique la croissance turque s’est maintenue à des taux qui ferait jalouser n’importe quel pays occidental. Ainsi après la crise de 2008, la croissance du pays a atteint rapidement des taux supérieurs à 10% (11% en 2011 !). Le meilleur exemple pour illustrer la croissance reste celui du secteur du BTP et de l’immobilier qui s’est fortement développé en Turquie durant les dernières années. Profitant de taux attractifs, le secteur s’est massivement financé en devises étrangères (dollar et euro principalement). Mais à terme l’offre a dépassé la demande ce qui a entraîné le secteur du BTP dans une forte récession et a conduit à de nombreux licenciements. Financées en devises étrangères, beaucoup d’entreprises turques se retrouvent donc dans l’impossibilité de payer leurs dettes en raison de la chute du cours de la livre face à l’euro et au dollar.

L’inflation a elle aussi augmenté depuis 2016, notamment à la suite de la tentative de coup d’État mené le 15 Juillet par une partie de l’armée turque. À la suite de cet événement, l’économie est entrée dans une courte récession pendant les mois suivants. En raison de l’instabilité politique et de l’autoritarisme de plus en plus prononcé du pouvoir d’Erdogan, les investissements étrangers ont fortement diminué et le déficit extérieur s’est creusé. Cela a conduit le pouvoir, en 2017, à injecter dans l’économie environ 200 milliards de livres pour sortir de la récession. La croissance a donc repris (7,4% en 2017), pourtant cette mesure a favorisé la dépréciation de la monnaie turque tout en créant des déséquilibres (endettement, inflation…).

L’autre composante de la crise sont les tensions diplomatiques avec les États-Unis, qui met également à mal l’économie puisqu’elle pourrait isoler la Turquie de certains échanges commerciaux. L’origine du refroidissement des relations entre Ankara et Washington provient du coup d’État manqué de 2016, qui pour Erdogan a été monté par l’intellectuel turc Fethullah Gülen en exil outre-atlantique depuis 1999. Le gouvernement turc demande depuis plusieurs mois aux autorités américaines l’extradition de Gülen vers la Turquie,  sans succès. À l’instar du régime d’Erdogan, le gouvernement des États-Unis réclame lui pour sa part la libération de Andrew Brunson, pasteur évangéliste américain détenu en Turquie depuis deux ans et accusé d’avoir participé à la tentative de putsch. La crise diplomatique est aussi motivée par la politique menée par Washington au Moyen-Orient. En effet, pour combattre l’État Islamique, les États-Unis ont soutenu militairement les forces armées kurdes. Ces derniers étant en conflit (depuis des décennies) avec le pouvoir pour acquérir leur indépendance.

Cette « guerre économique », ce « complot politique », dénoncé par Erdogan et par son gendre le ministre des finances Berat Albayrak, pourrait bien aggraver encore plus l’état économique de la Turquie et ce ne sont pas les faibles interventions de la Banque Centrale Turque (entièrement contrôlée par Erdogan) qui redonneront confiance aux investisseurs et aux consommateurs pour relancer l’économie.

 

Nils Fieulaine

 

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s