Le Familistère Godin

Une « expérience sociale », une « utopie », une « révolution »… Tant d’expressions qui tentent modestement de définir l’original, le grand, l’audacieux, merveilleux Familistère Godin. Créé à partir de 1859 autour d’une usine de fonte de métal, ce projet social constitue une réalisation inédite du principe de « coopération fraternelle entre les chefs d’industrie et les travailleurs ».  Ayant fonctionné jusque dans les Années 60, il se visite, et est désormais classé au titre des monuments historiques. Voici son histoire.

Né en 1817, dans une France en bouleversement industriel, Jean-Baptiste André Godin est issu d’une famille modeste, serruriers de profession. Il se forme à son tour au travail du métal et, ambitieux, fonde sa propre entreprise fabriquant des appareils de chauffage à l’âge de 33 ans. Créateur du poêle en fonte, son usine prend assez vite de l’ampleur et, inspiré des travaux du philosophe Fourier, naît en lui l’idée du Familistère.

Godin a pour but de proposer à ses ouvriers une vie en communauté de qualité alliant travail, loisir et éducation. Il fait construire, à côté de l’usine, des logements pour ses employés. Ces bâtiments sont conçus pour être confortables : Godin installe l’eau courante et des sanitaires à tous les étages ainsi qu’un chauffage central, ce qui constitue un grand luxe au XIXe siècle ; mais aussi égalitaires : il réduit, par exemple, la taille des fenêtres proportionnellement à la hauteur des appartements afin que chacun reçoive la même quantité de lumière. Ce confort est permis par la vie en collectivité, les installations étant communes. Tout est pensé, réfléchi avec soin, et appliqué !

En outre, Godin souhaite permettre à ses ouvriers d’acquérir ce qu’il appelle des « équivalents de la richesse », qui visent à réduire les inégalités sociales. Godin fait ainsi construire une école pour éduquer les enfants, une piscine pour apprendre à ses ouvriers à nager, un théâtre pour divertir, installe des magasins pour approvisionner le Familistère ainsi qu’un jardin d’agrément. Naïveté est de penser que Godin s’est arrêté là… Il est aussi le précurseur des retraites, qu’il établit à partir de 60 ans, et de l’école obligatoire !

Le Familistère frappe le visiteur par sa modernité, et l’ingéniosité avec laquelle il a été conçu. Fabuleux d’imaginer qu’à l’heure de Germinal, roman publié en 1885, existe un endroit où la classe ouvrière connaît droits et confort.

Le Familistère Godin, met en œuvre toute une conception de la vie ouvrière. Son principe fondamental est l’émancipation collective : mettre en commun pour mieux vivre. Installer l’eau courante pour deux personnes, c’est hors de prix, mais qu’en est-il lorsqu’on parle en millier d’individus ? « L’union fait la force », la communauté permet d’accéder à un meilleur niveau de vie, l’importance de l’éducation, sont des principes qui nous renvoient naturellement au communisme. Et pourtant, le Familistère est avant tout conçu pour faire tourner une entreprise par définition capitaliste… Paradoxe ? Ce système a pourtant bien fonctionné pendant plus d’un siècle.

En tout cas, si vous mettez les pieds en Picardie, allez à Guise, ça en vaut la peine (il s’y trouve aussi les vestiges d’un château médiéval).

 

Alice FEYDY

 

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