Une « cop » de bonne espérance ?

Si j’évoque la COP21, qu’en aurez-vous retenu ? Entre le fameux cliché réunissant les 195 représentants mondiaux ou les perturbations sur les lignes du RER se rendant au Bourget, peut-être pas grand-chose… Certes cette conférence a fait jaser les médias au cours de longues journées, mais qu’en est-il de ses décisions, de ses conséquences et de son efficacité ?

Comme vous le savez, cette organisation devait déboucher sur « l’accord de Paris », visant à contenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C, voire d’1,5°C si possible. Indirectement, il s’agit de plafonner les émissions de gaz à effet de serre. Pour condenser le projet, son entrée en vigueur est prévue pour 2020 si… et la condition est de taille : si l’accord est ratifié par les 55 pays représentant 55% des émissions mondiales des gaz polluants. Aussi, cet accord est non-contraignant. L’ONU n’a aucun pouvoir de sanction et rien n’est prévu en cas d’infraction. En effet, le texte est parcouru de « shall » (devront) mais aucune injonction n’est stipulée. Le trouble est maintenu et la bonne volonté de rigueur, surtout autour de l’objectif, car aucune mention chiffrée n’est évoquée. Selon le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), pour atteindre cet objectif, il faudrait une réduction de 70 à 80% des gaz à effet de serre d’ici 2050 et 0 émission en 2100. Pour parfaire cette estimation malheureusement utopique, il considère cet objectif comme trop peu ambitieux pour inverser la courbe du changement climatique.

Nous pourrions donc considérer que s’approcher du but fixé serait déjà satisfaisant, mais l’affaire se complexifie. La COP21 a été organisée pour remplacer le protocole de Kyoto qui s’était déroulé en 1997 et expirait en 2012. Il fallait donc fixer de nouveaux objectifs pour 2020. Mais les Etats-Unis, champions du monde des émissions en 97 avaient refusé de ratifier ce protocole puisqu’il contestait l’un de ses principes : le CBDR (Common But Differentiated Responsibilities). Ce-dernier avait pour vocation d’être contraignant pour les pays développés puisque ces-derniers avaient une dette historique. En effet, l’Inde et la Chine clamaient l’injustice puisque étant des pays en développement, ils souhaitaient s’industrialiser comme l’avaient fait les autres pays qu’ils dénonçaient responsables de la pollution de ces 200 dernières années. Les Etats-Unis n’avaient donc plus pris en compte ce protocole puisque « The American way of life is not up for negociations. » selon George WH Bush, catégorique et sans appel.

Le doute quant à la ratification du traité chez nos voisins outre atlantiques demeure donc pour cette COP21. Chaque pays qui ratifie le traité doit se poser lui-même des objectifs pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. C’est donc sur la base du « volontariat ».  Comme dit précédemment, aucune sanction n’est prévue si les objectifs ne sont pas respectés, seul le « name and shame » système s’appliquerait, autrement dit, pas de quoi faire peur aux géants pétroliers et autres pollueurs.

Bien plus qu’une conférence diplomatique, c’est bien notre avenir qui était en jeu au Bourget. Hormis sortir les débardeurs bien plus tôt et abandonner nos doudounes, le réchauffement climatique engendrera, si rien n’est fait, des pénuries alimentaires, des cas de sécheresse, des guerres (notamment pour l’accès à l’eau), des maladies, et la planète se retrouverait avec des réfugiés climatiques à hauteur de 280 millions. Efficaces les politiques « solidaires et durables », n’est-ce pas ? Et oui, finies les vacances en Polynésie, aux Philippines, en Indonésie, ou dans les archipels comme les Grenades ou les Maldives, ces territoires insulaires sont voués à disparaître sous les flots ! Les sommets mondiaux paraissent donc dérisoires et incapables d’enrayer ce triste phénomène,  comme le souligne James Hansen :

« COP is a fraud really, a fake. It’s just bullshit for them to say : ‘We’ll have a 2°C warming target and then try to do a little better every five years.’ It’s just worthless words. There is no action, just promises.”

Face au déni (les climato-sceptiques sont toujours plus nombreux) et à l’indifférence, comment ne pourrions-nous pas compromettre notre avenir, et la survie de l’espèce humaine ? L’issue est à court-terme et il en va de la responsabilité de chacun d’agir. Il ne s’agit plus d’un « plus tard » mais bien de demain.

Emma Poznanski – La Mouette Bâillonnée

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